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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201558

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201558

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2022 et 10 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Antelme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel la rectrice de l'académie de La Réunion a prononcé l'exclusion temporaire de ses fonctions pendant une durée de trois jours sans traitement, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 5 août 2022 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de La Réunion de lui verser une somme équivalente aux trois jours de traitement dont elle a été privée par l'exécution de la sanction disciplinaire édictée à son encontre dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de La Réunion de retirer toute mention de la sanction disciplinaire attaquée de son dossier personnel dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du recteur de l'académie de La Réunion une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- les conditions dans lesquelles l'arrêté en litige lui a été notifié l'entachent d'irrégularité ;

- elle n'a pas pu utilement présenter ses observations sur les faits à l'origine de la sanction, la convocation du 20 juin 2022 l'ayant induite en erreur quant à l'objet de l'entretien du 23 juin 2022 ;

- la décision litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière méconnaissant le principe du procès équitable protégé par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe d'impartialité dès lors qu'elle est notamment fondée sur l'enquête menée par un inspecteur ne pouvant être considéré comme un fonctionnaire neutre et impartial ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés, qui ne peuvent être qualifiés d'injures et de manquements graves aux obligations professionnelles, ne sont pas fautifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, la rectrice de l'académie de La Réunion, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Garnier, substituant Me Antelme, représentant Mme A,

- le recteur de l'académie de La Réunion n'étant ni présent ni représenté.

Vu la note en délibéré enregistrée le 22 novembre 2024 pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 juin 2022, la rectrice de l'académie de La Réunion a prononcé, à l'encontre de Mme C A, professeure titulaire en éducation physique et sportive affecté au lycée de Bellepierre à Saint-Denis, une exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée de trois jours sans traitement. Mme A a exercé un recours gracieux en date du 5 août 2022, réceptionné le 10 août 2022, à l'encontre de cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la rectrice de l'académie de La Réunion. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicables au présent cas d'espèce : " () doivent être motivées les décisions qui : () Infligent une sanction () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les dispositions législatives sur lesquelles la rectrice de l'académie de La Réunion a fondé sa décision. L'arrêté en litige précise également les faits reprochés à l'intéressée, à savoir qu'elle a proféré, le 25 janvier 2022, des injures sur son lieu de travail et pendant les heures de service à l'encontre d'une collègue, également professeure d'éducation physique et sportive, qui avait précédemment déposé deux mains courantes à son encontre, et que les faits reprochés représentent des manquements à ses obligations professionnelles. L'arrêté du 23 juin 2022 vise également les rapports de l'inspecteur pédagogique régional qui n'avaient pas à être joints à l'arrêté attaqué, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe général du droit n'imposant une telle obligation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, si Mme A conteste les conditions dans lesquelles l'arrêté attaqué lui a été notifié lors d'un entretien, en présence du chef de la division des personnels de l'enseignement du second degré de l'académie de La Réunion le 23 juin 2022, à la suite d'une convocation en date du 20 juin 2022, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'arrêté attaqué doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, si Mme A fait valoir qu'elle n'a pas pu utilement présenter ses observations sur les faits à l'origine de la sanction au motif qu'elle a été induite en erreur par l'intitulé de la convocation en date du 20 juin 2022 à l'entretien du 23 juin 2022 lors duquel l'administration lui a notifié la décision en litige, il ressort des pièces du dossier que ce courrier de convocation, qui avait pour objet " procédure disciplinaire ", était dénué d'ambiguïté quant à l'objet de l'entretien. Il ressort également des pièces du dossier que par un courrier du 6 avril 2022, Mme A a été informée de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, de son droit à obtenir la communication de son dossier individuel et des documents annexes nécessaires pour l'organisation de sa défense, a été invitée à consulter son dossier et à présenter ses observations ainsi que de la possibilité d'être assistée d'un ou plusieurs défenseurs. Le 14 avril 2022, l'intéressée a pu consulter son dossier administratif, lequel lui a également été transmis le 21 avril 2022. Dans ces conditions, la décision, qui n'a pas été prise dans des conditions méconnaissant le principe du procès équitable et les droits de la défense, a été prise à l'issue d'une procédure disciplinaire régulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du procès équitable protégé par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

6. En quatrième lieu, Mme A soutient que la décision a été prise en méconnaissance du principe d'impartialité dès lors qu'elle est notamment fondée sur l'enquête menée par un inspecteur pédagogique régional ne pouvant être considéré comme un fonctionnaire neutre et impartial. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration, en se fondant notamment, pour prendre la sanction en litige, sur le rapport de l'inspecteur pédagogique régional ayant rédigé le rapport d'inspection pédagogique du 8 mars 2022, lequel ne manque pas d'objectivité et d'impartialité, contrairement à ce que soutient la requérante qui n'apporte aucun élément précis au soutien de ses allégations, aurait méconnu le principe d'impartialité. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité comme infondé.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique, qui reprend, à compter du 1er mars 2022, les dispositions du premier alinéa de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " L'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. ". Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". À cet égard, l'article L. 533-1 du même code prévoit que : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : () c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. (). ".

8. Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public et il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. Pour prononcer l'exclusion temporaire de Mme A de ses fonctions pour une durée de trois jours sans traitement, la rectrice de l'académie de La Réunion s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'intéressée avait commis de graves manquements à ses obligations professionnelles, notamment au devoir de dignité auquel sont soumis les agents publics, en ayant régulièrement tenu des propos vulgaires et menaçants à l'encontre de sa collègue, Mme B, sur leur lieu de travail et pendant les heures de service.

10. En l'espèce, si la requérante soutient que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport du 27 janvier 2022 de l'inspecteur pédagogique régional, que, d'une part, le 25 janvier 2022, Mme A s'est introduite dans le gymnase au sein duquel Mme B dispensait son cours d'éducation sportive et a proféré des insultes ainsi que des menaces à son encontre, devant ses élèves, et d'autre part, que le même jour Mme A s'est, de nouveau, montrée agressive et insultante envers sa collègue pour les mêmes faits. Suite à ces incidents, Mme B a déclaré un accident de service et a déposé une main courante à la gendarmerie de Saint-Paul. Plusieurs des élèves de cette dernière ont relaté, de façon détaillée et concordante les faits dont ils ont été témoins au sein du gymnase, de l'agressivité ainsi que de la grossièreté dont a fait preuve Mme A envers sa collègue. De plus, au cours des entretiens des 31 janvier et 4 mars 2022 ayant suivi cet incident, Mme A a reconnu le déroulement des faits ainsi que les propos tenus et a manifesté son refus de modifier son comportement, qu'elle a justifié par la circonstance qu'elle serait harcelée par Mme B dont le comportement serait provocateur, sans toutefois le démontrer. Il ressort également des pièces du dossier que la relation conflictuelle entre Mme A et Mme B dure depuis plusieurs mois et a donné lieu à plusieurs signalements auprès du chef d'établissement et de l'inspecteur pédagogique régional. Il résulte de ces mêmes pièces que Mme B avait auparavant déjà été victime d'agressions et d'intimidations verbales et physiques qui ont donné lieu au dépôt d'une première main courante à l'encontre de la requérante. Dans ces conditions, compte tenu des différentes pièces produites, les faits reprochés doivent être regardés comme matériellement établis et constitutifs d'un manquement au devoir de dignité, prévu par les dispositions de l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits reprochés doit être écarté comme infondé.

11. En dernier lieu, si Mme A soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'erreur d'appréciation, au motif que les faits reprochés ne pourraient être qualifiés d'injures et de manquements graves aux obligations professionnelles, la circonstance, à la supposer fondée, que les faits qui lui sont reprochés ne répondraient pas à la définition d'une injure au sens du code pénal, est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que des propos ou un comportement agressif d'un agent à l'égard d'un autre agent sont susceptibles, alors même qu'ils ne seraient constitutifs d'une infraction pénale, d'avoir le caractère d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. La matérialité des faits reprochés ainsi que leur caractère fautif ayant été établis, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la rectrice de l'académie de La Réunion a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Il y a lieu d'écarter ce moyen.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au recteur de l'académie de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Khater, présidente,

- M. Le Merlus, conseiller,

- Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,La présidente,

T. LE MERLUSA. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/O la greffière en chef,

La greffière,

C. JUSSY

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