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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201595

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201595

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantARMOUDOM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 décembre 2022 et 12 juillet 2023, Mme E C, représentée par Me Antoine, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Denis a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 8 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Denis de " tirer toutes les conséquences de fait et de droit sur sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service " ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, les dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ayant été méconnues, dès lors que l'agression verbale dont elle a été victime et l'absence de faute personnelle de sa part justifiaient l'application du régime des accidents de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2023, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, rédactrice territoriale de la commune de Saint-Denis, a été confrontée, le 8 mars 2021, à un double incident avec des collègues à la suite duquel son état de santé s'est subitement dégradé. Ayant présenté une déclaration d'accident de service et produit un certificat médical indiquant la nature de ses lésions, elle a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à titre provisoire du 13 mars 2021 au 11 octobre 2022. Suite à l'expertise du médecin agrée en date du 22 juin 2021 et à l'avis favorable rendu par le conseil médical réuni en formation plénière du 27 juin 2022, la maire de Saint-Denis a cependant estimé, par un arrête du 13 octobre 2022, que l'imputabilité au service ne pouvait être reconnue en raison d'une faute personnelle commise par l'intéressée et que le régime du CITIS ne pouvait être mis en œuvre en sa faveur, sa période d'inactivité du 13 mars 2021 au 11 octobre 2022 devant en conséquence être rattachée au régime du congé de maladie ordinaire. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 13 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable en l'espèce : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () / II. Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () " .

3. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des documents décrivant les circonstances de l'incident survenu en service le 8 mars 2021, du rapport d'expertise du docteur B du 22 juin 2021 et des compte-rendu d'audition du 27 juillet 2021 de Mme D et de M. A, qu'une altercation s'est produite entre M. A et Mme C dans son bureau, le 8 mars 2021 dans les suites d'une altercation ayant opposé Mme C et Mme D concernant un oubli de mise en copie d'une courriel d'information sur une affaire qui justifiait que Mme C soit informée. L'accident de Mme C, quelle qu'en soit la cause, constitue un évènement précis, survenu à une date certaine, dans le temps et le lieu du service alors qu'elle était en situation de travail. Si la commune soutient que la situation à l'origine de laquelle s'est produit l'accident relève de l'unique responsabilité de Mme C, qui n'acceptait pas les réorganisations internes, ni les propositions de réaffectation qui lui étaient faites, aucune des deux altercations survenues le 8 mars 2021 ne peut être regardée comme révélant une attitude réellement fautive de la part de la requérante. Ainsi, il ne saurait être constaté en l'espèce l'existence d'une faute personnelle susceptible de détacher du service l'accident dont a été victime ce jour-là Mme C, dont l'état anxio-dépressif réactionnel a rendu nécessaire des soins et arrêts de travail sur une longue période. Au demeurant, il est constant que le conseil médical réuni en formation plénière a émis le 27 juin 2022 un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 8 mars 2021 en s'appuyant sur l'ensemble des pièces médicales versées au dossier et en estimant qu'une faute personnelle de l'agent, qui doit être de nature suffisante pour détacher l'accident du service, ne pouvait être prise en compte en l'espèce. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que l'arrêté du 13 octobre 2022 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 8 mars 2021 procède d'une inexacte application des dispositions précitées par lesquelles a été défini le régime du CITIS.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 13 octobre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de ses motifs, que la commune de Saint-Denis procède à un réexamen de la situation de Mme C dans le sens de la reconnaissance d'un droit au CITIS. Il y a lieu d'enjoindre à la commune d'y procéder dans un délai de deux mois.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la commune de Saint-Denis sur ce fondement.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des dispositions précitées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2022 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime Mme C le 8 mars 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Denis de réexaminer la situation de Mme C en lui reconnaissant un droit au CITIS, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Denis versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de de Saint-Denis présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à la commune de de Saint-Denis.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

M.-A. AEBISCHERLe greffier,

F.IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201595

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