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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300035

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300035

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre bis

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 janvier 2023 et le 11 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Ali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit le retour pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, et de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- et les observations de Me Djafour, substituant Me Ali, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante comorienne née le 11 septembre 1998 à Hombo-Anjouan (Comores), entrée en France en 2020, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant ". Par un arrêté du 10 novembre 2022, le préfet de la Réunion a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit le retour pendant une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté du 10 novembre 2022 vise le texte dont le préfet de La Réunion a fait application, à savoir l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A. Il mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent de le contester utilement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'ensemble des éléments qui lui était soumis pour apprécier la situation de la requérante. En particulier, la circonstance que la décision litigieuse ne mentionne pas précisément le contenu de la formation poursuivie par Mme A n'est pas de nature à entraîner l'illégalité de la décision litigieuse, qui ne doit pas obligatoirement énoncer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient donc, lors du dépôt de sa demande, de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande, et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas été invitée à présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait été empêchée de présenter des éléments nouveaux qui auraient conduit le préfet à prendre des décisions différentes à son égard. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est inscrite en deuxième année de licence " Sciences de la vie " en 2020-2021, à l'issue de laquelle elle a obtenu une moyenne générale de 6,61/20 à la première session, et de 6,672/20 à la seconde session. Inscrite pour la deuxième année consécutive dans la même licence 2 pour l'année 2021-2022, elle a obtenu une moyenne générale de 7,831/20 à la seconde session. Si la requérante explique ces résultats par sa difficulté à trouver un logement et par la modification de la maquette des cours entre l'année 2020-2021 et l'année 2021-2022, ces circonstances ne peuvent à elles seules justifier les résultats obtenus dans le cadre de son parcours universitaire. Par ailleurs, si Mme A établit qu'elle a finalement validé sa deuxième année de licence à l'issue de l'année 2022-2023, cette circonstance, postérieure à la décision litigieuse, est sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dans ces conditions, le préfet de La Réunion était fondé à lui opposer l'absence de caractère réel et sérieux de ses études pour refuser de renouveler son titre de séjour. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. Mme A est entrée en France en 2020, où elle a suivi des études sous couvert d'un titre de séjour mention " étudiant ". Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni qu'elle représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de La Réunion, en prononçant à l'encontre de Mme A une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, du seul fait qu'elle n'établit pas avoir de liens avec la France, n'établit ni l'utilité ni la nécessité de cette mesure et a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. L'annulation de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a interdit le retour en France à Mme A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de l'intéressée tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de La Réunion, de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

11. Mme A a été admise en bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ali renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ali de la somme de 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de La Réunion du 10 novembre 2022 est annulé en tant qu'il interdit à Mme A le retour en France pour une durée d'un an.

Article 2 : L'Etat versera à Me Ali la somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Ali et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 30 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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