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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300160

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300160

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2023, M. B C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de La Réunion a délivré un permis de construire au ministère des armées pour l'édification de huit maisons individuelles sur un terrain situé aux n° 8, 10 et 12 de la rue Albert Camus à La Possession ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 230 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le dossier de permis de construire est irrégulier et incohérent, dès lors qu'il comporte des pièces PC8 qui ne correspondent pas à la réalité actuelle des lieux ;

- le dossier est également irrégulier dès lors que la pièce PC2B comporte une échelle incorrecte ;

- le dossier est également inexact dès lors que la notice architecturale mentionne que l'accès par la rue Albert Camus reste inchangé ;

- le projet empiète sur la rue Albert Camus qui fait partie du domaine public communal ;

- l'arrêté méconnaît l'article UA 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article UA 6.2 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de La Réunion, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés en raison notamment de la délivrance au ministre des armées d'un arrêté de permis de construire modificatif.

Par des mémoires, enregistrés les 16 novembre et 28 décembre 2023, le ministre des armées, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés en raison notamment de la délivrance par le préfet de La Réunion d'un permis de construire modificatif.

Par des mémoires, enregistrés les 10 décembre 2023 et 20 janvier 2024, M. C conclut aux mêmes fins que la requête et demande, en outre, au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de La Réunion a délivré au ministre des armées un permis de construire modificatif.

Il soutient, en outre, que :

- le permis de construire modificatif méconnaît le code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il prévoit des places de stationnement " PMR " qui sont inaccessibles ;

- il méconnaît l'article UA 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'emprise minimale des voies de desserte ;

- il ne régularise pas la méconnaissance par le permis de construire initial de l'article UA 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il mentionne dans sa notice une largeur erronée de la voie de desserte qui fait à certains endroits 3,20 mètres et non 3,50 mètres ;

- le dossier de permis de construire modificatif comporte des irrégularités en ce qui concerne les pièces PC6B " avant " et " après " qui comportent des images inversées ;

- le plan PC2B, dans la partie existante de la voie interne, représente une clôture qui n'existe pas ;

- le permis de construire modificatif méconnaît l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux aires de stationnement.

La clôture de l'instruction est intervenue le 6 février 2024.

Un mémoire a été présenté pour M. C le 9 juin 2024, après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de M. C,

- et les observations de M. A, représentant le ministre des armées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 août 2022, le préfet de La Réunion a accordé un permis de construire au ministère des armées pour l'édification de huit maisons d'habitation sur la parcelle cadastrée AN 477 située rue Albert Camus à La Possession. Par la présente requête, M. B C, voisin immédiat du terrain d'assiette du projet, demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ainsi que l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de La Réunion a délivré en cours d'instance au ministre des armées un permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incomplétude du dossier :

2. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les photographies permettant de situer le terrain d'assiette dans le paysage lointain (PC8A, PC8B et PC8C) ont été prises avant la construction de quatre maisons individuelles situées au sud-ouest du projet. Toutefois, ces quatre maisons individuelles sont représentées sur le plan (PC1) de telle sorte que le service instructeur a pu avoir connaissance de leur existence. En outre, il ne ressort pas pièces du dossier que cette insuffisance ait faussé l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet aux règles applicables.

4. En deuxième lieu, si le plan de masse de l'état futur (PC2B) composant le dossier de permis de construire initial comporte la mention erronée d'une échelle 1/400e, le plan PC2B produit dans le cadre du permis de construire modificatif corrige cette erreur en portant la mention d'une échelle 1/100e. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'échelle portée sur le PC2B du permis de construire initial ne peut être utilement invoqué.

5. En troisième lieu, s'il est vrai que la notice architecturale (PC4) produite à l'appui du permis de construire initial porte la mention peu claire " la voie d'accès par la rue Albert Camus est inchangée ", cette mention a été supprimée dans la notice produite à l'appui du permis de construire modificatif. Par suite, le moyen tiré du caractère erroné de cette mention ne peut être utilement invoqué.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la rue Albert Camus a une emprise supérieure ou égale à 3,5 mètres, laquelle correspond à la largeur minimale des voies de dessertes fixée par le plan local d'urbanisme. Ainsi, l'imprécision de la mention de la notice architecturale du projet selon laquelle la largeur de la rue Albert Camus est de 3,5 mètres n'a pas eu d'influence sur l'appréciation portée par l'administration sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. En cinquième lieu, si le requérant fait valoir que les pièces photographiques PC6B " avant " et " après " sont erronées, dès lors que " les images sont inversées ", en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que, à supposer cette irrégularité constituée, celle-ci aurait eu une influence sur l'appréciation portée par l'administration sur le projet au regard de la réglementation.

8. En dernier lieu, le requérant soutient que le plan PC2B représente une clôture qui n'existe pas actuellement, dans la partie existante de la voie interne au terrain d'assiette, cette erreur, à la supposer établie, est sans influence sur l'appréciation portée par l'administration sur la régularité du projet à la réglementation applicable.

En ce qui concerne la méconnaissance du plan local d'urbanisme :

9. En premier lieu, aux termes de l'article UA 3.2 du plan local d'urbanisme relatif aux accès : " () La localisation des accès des véhicules doit être choisie en tenant compte du risque éventuel pour la circulation (). Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. () / Toute construction doit prendre un minimum d'accès sur les voies publiques. / () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la création d'un accès individuel pour chaque maison afin de permettre le stationnement des véhicules. Contrairement à ce que soutient M. C, les dispositions précitées du plan local d'urbanisme ne font pas obstacle à ce que le pétitionnaire opère un tel choix et ne lui imposaient pas de créer une voie interne à l'unité foncière pour la desserte de chaque maison individuelle. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la localisation des accès des véhicules ainsi que les accès eux-mêmes seraient susceptibles de créer un risque pour la circulation publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA 3.3 du plan local d'urbanisme relatif à la voirie : " Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies publiques ou privées ou des servitudes de passage doivent être adaptées à l'importance ou à la destination des constructions et doivent notamment permettre l'approche du matériel de lutte contre l'incendie, des services de sécurité et de collecte des ordures ménagères. / Elles doivent avoir une emprise minimale de 3,5 mètres pour une voie à sens unique (). Elles doivent être équipées d'un trottoir ou d'un aménagement équivalent lorsqu'elles desservent plus quatre habitations ou locaux d'activités générés par le projet. Lorsque des voies publiques ou privées desservent plus de dix habitations ou locaux d'activités générés par le projet, elles doivent être équipées d'un trottoir ou d'un aménagement équivalent d'une emprise minimale de 1,5 mètre et d'un espace d'emprise minimale de 1 mètre () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la rue Albert Camus est une voie à sens unique dont l'emprise est supérieure à 3,50 mètres. Le projet, qui créé huit habitations, prévoit la création d'un aménagement équivalent à un trottoir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 6.2 du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : " Les constructions doivent être implantées en recul de la voie, avec une distance comptée horizontalement de tout point de la façade au point le plus proche de la voie, au moins égale à trois mètres () ".

14. Il résulte des mesures réalisées sur le plan de masse de l'état futur (PC2B) que, contrairement à ce que soutient M. C, les maisons identifiées T4 et T3B se trouvent implantées en recul de la voie, avec une distance comptée horizontalement de tout point de la façade au point le plus proche de la voie, au moins égale à trois mètres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article UA 12 du plan local d'urbanisme relatif au stationnement : " Autres logements supérieurs à 50 m2 de surface de plancher : deux places minimum par logement ; une place visiteur pour cinq logements () ". Aux termes de l'annexe du règlement du plan local d'urbanisme relative aux stationnements pour les personnes à mobilité réduite : " Tout parc de stationnement automobile intérieur ou extérieur dépendant d'un bâtiment d'habitation, qu'il soit à l'usage des occupants ou des visiteurs, doit comporter une ou plusieurs places adaptées répondant aux conditions () ci-après. () Les places adaptées sont telles qu'un usager en fauteuil roulant peut quitter l'emplacement une fois le véhicule garé. () Dans les maisons individuelles, lorsqu'une ou plusieurs places de stationnement leur sont affectées, l'une au moins d'entre elles doit être adaptée (). La largeur minimale des places adaptées doit être de 3,30 mètres (). "

16. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la création de deux places de stationnement par logement ainsi que de deux places pour les visiteurs. Toutefois, il ressort de ces mêmes pièces que les deux places de stationnement des six maisons (T4, T5, T4, T5, T3A et T3B) situées à l'ouest du terrain d'assiette se chevauchent. Ainsi, compte tenu de ce chevauchement, les six places adaptées de ces logements ne peuvent être regardées comme présentant une largeur minimale de 3,30 mètres. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'annexe du plan local d'urbanisme précitées.

En ce qui concerne les autres moyens de la requête :

17. En premier lieu, un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés et affectés à un usage non conforme aux documents et règles générales d'urbanisme n'est pas par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.

18. Il ne ressort pas des plans et indications fournis par le pétitionnaire que le projet litigieux empiéterait sur le domaine public. Par suite, en l'absence d'élément établissant l'existence d'une fraude, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le projet empièterait sur le domaine public dès lors que les plans du dossier de permis de construire minimiseraient l'emprise de la voie publique.

19. En second lieu, le projet litigieux ne visant pas à la création d'un établissement recevant du public, le requérant ne peut utilement invoquer à l'encontre du permis de construire litigieux la méconnaissance des règles d'accessibilité fixées par le code de la construction et de l'habitation.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

20. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

21. Il résulte de ce qui précède que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'annexe du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux stationnements pour les personnes à mobilité réduite, dès lors qu'il prévoit des places de stationnement adaptées qui ne respectent pas la largeur minimale de 3,30 mètres pour les six maisons individuelles identifiées au paragraphe 16. Rien ne fait obstacle à ce que le préfet prenne une mesure pour régulariser le permis de construire. Il en résulte que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux en tant qu'il méconnaît ces dispositions.

Sur les frais liés à l'instance :

22. M. C, qui n'a pas présenté sa requête par le ministère d'avocat, ne fait pas état de frais spécifiques au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions tendant à l'application des dispositions précitées doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 octobre 2023 du préfet de La Réunion portant permis de construire modificatif est annulé en tant seulement qu'il méconnaît les dispositions de l'annexe du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux stationnements pour les personnes à mobilité réduite dans la mesure énoncée au paragraphe 16.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au ministre des armées, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B C.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne aux ministres susvisés en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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