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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300165

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300165

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUGOUJON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire de Sainte-Rose refusant le renouvellement de son contrat à durée déterminée (CDD) à l'échéance du 11 janvier 2023 ;

2°) de requalifier le contrat de travail en contrat à durée indéterminée (CDI) ;

3°) de condamner la commune de Sainte-Rose à lui verser la somme correspondant à cinq mois de salaire.

Il soutient que :

- le délai de prévenance prévu à l'article 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 n'a pas été respecté ;

- totalisant 7 ans de services au sein de la commune de Sainte-Rose, il était en droit de prétendre à un contrat à durée indéterminée (CDI) ;

- la décision méconnaît le délai de carence prévu par l'article L. 1244-3-1 du code du travail

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, la commune de Sainte-Rose, représentée par Me Dugoujon, avocat conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Dugoujon, pour la commune de Sainte-Rose.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté le 8 janvier 2016 par la commune de Sainte-Rose dans le cadre d'un contrat unique d'insertion pour exercer des fonctions d'animateur sportif. Son engagement a été renouvelé dans les mêmes termes le 21 décembre 2016. Par cinq contrats à durée déterminée (CDD) successifs d'une durée d'un an, signés les 8 janvier 2018, 10 janvier 2019, 10 janvier 2020, 11 janvier 2021 et 11 janvier 2022, M. B a été recruté par la commune pour exercer les mêmes fonctions, d'abord sur le fondement du 1° de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984, puis à compter du 11 janvier 2021 au titre de l'article 3-2 de cette même loi. Le 19 janvier 2023, il a été informé du non-renouvellement de son CDD à l'échéance du 11 janvier 2023. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision de non-renouvellement, la requalification de son CDD en un contrat à durée indéterminée (CDI) et la condamnation de la commune à lui verser une indemnité égale à cinq mois de salaires.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / () - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans () ".

3. En application de ces dispositions, le non-renouvellement du CDD ne pouvait être régulièrement opposé à M. B qu'après mise en œuvre d'un délai de prévenance d'un mois. Si, en l'espèce, ce délai de prévenance n'a pas été respecté, la méconnaissance par l'administration de ce délai n'est pas constitutive, par elle-même, d'une illégalité de nature à justifier l'annulation de la décision de non-renouvellement du contrat.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 1244-3 du code du travail prévoyant un délai de carence présente un caractère inopérant dès lors que M. B, agent public, n'était pas régi par les dispositions de ce code.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 332-10 du code général de la fonction publique désormais applicable que : " " Tout contrat établi ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article L. 332-8 avec un agent contractuel territorial qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée.

Pour justifier de la durée de six ans prévue à l'alinéa précédent, l'agent contractuel concerné doit avoir accompli des services auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés en application de la présente sous-section ou de l'article L. 332-23.

A ce titre, sont pris en compte : /

1° Les services accomplis au titre de l'article L. 452-44 s'ils l'ont été auprès de la collectivité ou de l'établissement ayant ensuite recruté l'intéressé par contrat ; /

2° Les services accomplis à temps non complet et à temps partiel qui sont assimilés à des services accomplis à temps complet () ". Il résulte de ces dispositions que, pour prétendre au bénéfice d'un CDI, un agent non titulaire de la fonction publique territoriale engagé au titre d'une succession de CDD doit avoir été recruté pour occuper un emploi permanent correspondant à l'un des cas envisagés par l'article L. 332-8 et avoir occupé un tel emploi pendant plus de six ans.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, initialement recruté en 2016 à la faveur d'un contrat unique d'insertion, qui est un contrat de droit privé ne pouvant être pris en compte pour l'application des dispositions précitées énonçant un droit au CDI dans certaines hypothèses, ne justifiait pas, à la date de son dernier CDD de l'ancienneté de six ans permettant la reconnaissance du droit au CDI. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la commune aurait dû lui proposer un nouvel engagement dans le cadre d'un tel contrat. Par suite, et en tout état de cause, la décision de non-renouvellement de CDD ne saurait être regardée comme entachée d'illégalité au regard des dispositions précitées.

7. En dernier lieu, si le non-respect du délai de prévenance est de nature, le cas échéant, à engager la responsabilité de l'administration, M. B n'établit pas, ni même n'allègue, avoir subi en l'espèce un préjudice qui serait la conséquence de cette irrégularité.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions indemnitaires.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la commune de Sainte-Rose sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1err : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sainte-Rose au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Sainte-Rose.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Aebischer, président,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La rapporteure,

N. TOMI

Le président,

M.-A. AEBISCHERLe greffier,

F.IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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