mercredi 11 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 février et 1er août 2023, M. D C, représenté par Me Ali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à Me Ali en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- la décision méconnaît les articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant a été méconnu ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- son droit d'être entendu a été méconnu, ainsi que l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- le préfet a méconnu l'article L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- - l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant a été méconnu ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- le préfet a méconnu l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant a été méconnu ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 26 janvier 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,
- et les observations de Me Ali représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant malgache né le 2 juillet 1991, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " délivré en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui vise les articles L. 421-1 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment qu'il n'existe plus de communauté de vie entre M. C et son épouse depuis le 18 juin 2022 et que l'employeur de M. C n'a pas présenté de demande d'autorisation de travail. Par suite, la décision de refus de séjour est assortie des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Les moyens doivent, par suite, être écartés.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il ne peut utilement invoquer leur méconnaissance.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 de ce code : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () /. II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger".
5. Pour refuser de délivrer à M. C un titre de séjour en tant que salarié, le préfet de La Réunion a relevé que si le requérant avait produit un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec l'entreprise " Le Keb's " pour un emploi en tant que responsable de cafétéria, son employeur n'avait pas présenté de demande d'autorisation de travail préalablement à sa demande de titre de séjour en qualité de salarié. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'il ait été autorisé à travailler par la détention d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 8 janvier 2023 ne dispensait pas son employeur de présenter une demande d'autorisation de travail sur le fondement des dispositions du code du travail dans le cadre de sa demande de changement de statut en qualité de " salarié ". Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, marié à une ressortissante française depuis 2014, Mme B, est entré à La Réunion le 10 janvier 2020 sous couvert d'un visa de long séjour délivré en tant que conjoint de français. Il est constant que le requérant ne réside plus avec Mme B, avec laquelle il est en instance de divorce, depuis le 18 juin 2022. Il soutient à l'instance qu'il est le père d'un enfant français, né de son union avec Mme B, qu'il a une nouvelle compagne, Mme A, laquelle était enceinte à la date de la décision litigieuse, et qu'il justifie d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C serait le père d'un enfant français, dont la mère serait Mme B. En outre, à la date de la décision litigieuse, M. C n'était pas plus le père d'un enfant né de son union avec Mme A. Ainsi, compte tenu du caractère récent de sa présence en France et de sa relation avec Mme A, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Le moyen doit, par suite, être écarté.
9. En deuxième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dans ces conditions, le droit d'être entendu, principe général de droit de l'Union européenne, n'implique pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français émise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".
11. Ainsi qu'indiqué au paragraphe 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C était parent d'un enfant de nationalité française à la date de la décision litigieuse. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au paragraphe 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour :
13. Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au paragraphe 7 du présent jugement le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à son encontre méconnaît les dispositions citées au paragraphe précédent, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard ces conséquences sur sa situation personnelle. Au surplus, s'il ressort des pièces du dossier que M. C est le père d'un enfant né à Saint-Denis le 25 avril 2023, cette circonstance est postérieure à la date de la décision attaquée au jour de laquelle sa légalité s'apprécie.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 8 décembre 2022. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
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