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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300337

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300337

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOURBON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 mars et 4 juillet 2023, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision notifiée le 9 décembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Saint-André l'a informée du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée expirant le 14 février 2023 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-André de renouveler son contrat pour une durée indéterminée avec effet au 15 novembre 2022 et de la réintégrer dans ses fonctions.

Elle soutient que :

- elle a été en réalité recrutée pour pourvoir un besoin permanent et elle a bénéficié à l'expiration de l'avant-dernier contrat à durée déterminée courant du 15 novembre 2021 au 14 novembre 2022 d'une reconduction automatique en vertu d'un contrat à durée indéterminée ;

- elle a bénéficié d'une promesse de contrat à durée indéterminée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation alors qu'elle donnait satisfaction ;

- elle est irrégulière dès lors que l'intérêt du service repose sur un motif fallacieux de rationalisation budgétaire ;

- la décision est irrégulière comme étant en réalité fondée sur une discrimination syndicale.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2024, la commune de Saint-André, représentée par Me Dugoujon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de production de la décision et de son caractère tardif, une décision expresse refusant le renouvellement du contrat ayant été notifiée à la requérante le 13 décembre 2022 ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Madec, substituant Me Dugoujon, pour la commune de Saint-André,

- Mme A n'étant ni présente ni représentée.

Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 août 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Employée par la commune de Saint-André depuis 2009 comme agent de recensement contractuel puis comme adjoint de gestion administrative contractuel à compter du 15 mai 2018, Mme A a été informée par courrier reçu le 9 décembre 2022 du non renouvellement du dernier contrat à durée déterminée à son échéance, le 14 février 2023. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision de non renouvellement de son contrat, notifiée le 9 décembre 2022, et d'enjoindre de la réintégrer dans les effectifs de la commune en exécution d'un contrat à durée indéterminée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 332-9 du code général de la fonction publique : " Les agents contractuels recrutés en application de l'article L. 332-8 sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Le contrat est renouvelable dans la limite maximale de six ans. Au terme de cette durée, la reconduction ne peut avoir lieu que par décision expresse et pour une durée indéterminée ".

3. D'une part, la circonstance qu'un contrat à durée déterminée a été reconduit tacitement ne peut avoir pour effet de lui conférer une durée indéterminée. Le maintien en fonctions de l'agent à l'issue de son contrat initial, s'il traduit la commune intention des parties de poursuivre leur collaboration, a seulement pour effet de donner naissance à un nouveau contrat, conclu lui aussi pour une période déterminée et dont la durée est celle du contrat initial. En outre, il ressort du dernier contrat à durée déterminée établi à la date du 7 décembre 2022 que la période d'emploi a été prise en compte à compter du 15 novembre précédent et a ainsi permis de régulariser la situation de la requérante. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été recrutée pour faire face à un accroissement d'activité et non pas pour occuper un emploi permanent. Par suite, le moyen tiré du renouvellement tacite sous la forme d'un contrat à durée indéterminée à compter du 15 novembre 2021 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, le refus de renouvellement d'un contrat ne peut pas être pris pour un motif étranger à l'intérêt du service.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de la commune de Saint-André de ne pas renouveler le contrat de Mme A au-delà de l'échéance du dernier contrat à durée déterminée le 14 février 2023 serait fondé sur un motif étranger à l'intérêt du service dès lors que la commune justifie avoir pris cette décision dans le cadre d'une réorganisation des services répondant à un souci de rationalisation budgétaire, impliquant la réduction de la masse salariale, à la suite du rapport de la chambre régionale des comptes faisant le constat d'un taux d'administration d'agents supérieur à la moyenne des communes de 50 000 à 100 000 habitants. En outre, Mme A n'établit pas que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa valeur professionnelle que la commune de Saint-André ne met pas en cause. Par suite les moyens tirés du détournement de pouvoir et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En troisième lieu, Mme A ne démontre pas avoir bénéficié d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à l'issue de son contrat. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si Mme A soutient que la décision litigieuse procèderait d'une discrimination en raison de son élection en qualité de représentant du personnel sur la liste du syndicat CFTC, elle n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses dires. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une situation de discrimination syndicale ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions dirigées contre la décision du 9 décembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administratives présentées par la commune de Saint-André.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-André tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint-André.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

La rapporteure,

N.TOMI

La présidente,

A. BLINRendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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