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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300518

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300518

samedi 29 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Belliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de La Réunion sur sa demande de retrait ou d'abrogation de l'arrêté du 30 septembre 2022 ;

2°) d'annuler la décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour formulée le 9 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de retrait de l'arrêté du 30 septembre 2022 méconnaît l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision de refus de refus d'enregistrement méconnaît les articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 septembre 2022 le préfet de La Réunion a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour mention " étudiant " présentée par Mme A B, ressortissante mauricienne née le 26 juin 1993 à l'Ile-Maurice, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 9 novembre 2022, Mme B s'est présentée à la préfecture de La Réunion pour demander, d'une part, le retrait ou l'abrogation de l'arrêté du 30 septembre 2022 et, d'autre part, l'enregistrement d'une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande de retrait ou d'abrogation de l'arrêté du 30 septembre 2022, ainsi que la décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus d'abroger de l'arrêté du 30 septembre 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. "

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 9 novembre 2022 adressé au préfet de La Réunion, Mme B a demandé le retrait ou l'abrogation de l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet a refusé de lui renouveler son titre de séjour " étudiant " au motif qu'elle avait échoué deux années de suite à son année de Master 2 " Langue étrangère monde anglophone " et qu'elle présentait pour l'année 2022/2023 une inscription en licence. Il en a déduit qu'en l'absence de progression, ses études ne présentaient pas de caractère réel et sérieux. A l'appui de sa demande d'abrogation Mme B fait valoir que ses échecs en Master 2 ne lui sont pas imputables en raison notamment de l'épidémie de Covid-19 et que postérieurement à l'arrêté du 30 septembre 2022 elle s'est finalement réinscrite en Master 2 " Parcours monde anglophone ". Toutefois, l'argumentation qu'elle développe pour soutenir que ses échecs en Master 2 ne lui sont pas imputables repose sur des faits qui ne sont pas postérieurs à l'arrêté du 30 septembre 2022. Par ailleurs, la circonstance qu'elle se soit de nouveau inscrite en Master 2 au titre de l'année universitaire 2022/2023 ne rend pas illégal l'arrêté du 30 septembre 2022, dès lors qu'il ne témoigne pas plus d'une progression dans ses études. Par suite, le moyen invoqué par la requérante ne peut être qu'écarté.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet refusant de retirer ou d'abroger son arrêté du 30 septembre 2022.

Sur les refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / () ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. " Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé correspondant que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

6. En l'espèce, Mme B établit, notamment au moyen d'une attestation de son avocat, s'être présentée au guichet de la préfecture de La Réunion le 9 novembre 2022 et avoir fait l'objet d'un refus verbal d'enregistrement de sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " au motif qu'elle avait fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 30 septembre 2022. Toutefois, le préfet de La Réunion, qui se borne à soutenir que Mme B n'a pas droit à l'obtention d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", n'allègue pas que la demande de Mme B aurait été abusive, dilatoire ou encore incomplète. Par suite, en refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour le 9 novembre 2022 et de lui en délivrer récépissé, le préfet de La Réunion a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de La Réunion d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme B au titre de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais de justice :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de La Réunion refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de La Réunion d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme B sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer le récépissé correspondant, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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