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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300594

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300594

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2023, M. B A, représenté par Me Ali, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision verbale du 22 février 2023 par laquelle le préfet de La Réunion a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au même préfet d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- et les observations de Me Ali, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant srilankais né le 8 août 1983 à Chilaw (Sri Lanka), est entré en France en février 2019 et a formé une demande d'asile le 1er mars 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 8 août 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 11 février 2021 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 17 février 2021, le préfet de La Réunion lui a enjoint de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par une décision verbale du 22 février 2023, l'administration a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision verbale du 22 février 2023 refusant d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Le préfet de La Réunion fait valoir que le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A était fondé sur la circonstance que l'intéressé avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 17 février 2021 et qu'il ne faisait pas état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels ouvrant droit à l'admission exceptionnelle au séjour.

5. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; / 2° Les documents justifiant de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents. ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".

6. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. La seule circonstance que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.

7. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que le requérant, qui avait été débouté de sa demande d'asile le 11 février 2021, sollicitait, pour la première fois, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au soutien de cette demande, il a produit une promesse d'embauche en date du 18 janvier 2023, une demande d'autorisation de travail, ainsi que des attestations de ses proches. Dans ces conditions, eu-égard à ces éléments nouveaux, la demande de titre de séjour présentée par M. A ne présentait pas un caractère abusif ou dilatoire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus opposé à M. A aurait été formulé en raison de l'incomplétude du dossier de demande. Par suite, la décision verbale refusant d'enregistrer la demande de M. A méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision verbale du 22 février 2023 refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de La Réunion d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sous réserve de l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, le versement de la somme de 800 euros à Me Ali, ou, à défaut d'admission de l'intéressé à l'aide juridictionnelle, le versement de la somme de 800 euros à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision verbale de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de La Réunion d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer le récépissé correspondant, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera, sous réserve de l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Ali à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros ce dernier en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à défaut d'admission de l'intéressé à l'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros à M. A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ali et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERANDLe greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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