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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300625

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300625

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFIDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai 2023 et le 15 mars 2024, M. D E et Mme F B épouse E, représentés par la société d'exercice libéral par actions simplifiée (SELAS) Fidal, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la maire de la commune de Saint-Denis a délivré à M. A un permis l'autorisant à construire un immeuble d'habitation de sept logements, sur la parcelle cadastrée HC135 située chemin des Acajous à Saint-Denis ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis et de M. A le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de permis de construire comporte des incohérences quant à la voie d'accès au projet, ce qui a faussé l'appréciation portée par la commune sur le respect des normes de sécurité ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article IX " Desserte et accès " des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le dossier de permis de construire comporte une contradiction quant au nombre de places de stationnement prévues ; si la notice prévoit sept places de stationnement, le plan de masse ne prévoit que quatre places de stationnement, en méconnaissance du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté litigieux méconnaît le plan local d'urbanisme, en ce qu'il n'a pas prévu d'emplacement pour les véhicules non motorisés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement d'une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté litigieux ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. A qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- et les observations de Me Sadassivam, représentant la commune de Saint-Denis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 novembre 2022, la maire de la commune de Saint-Denis a délivré à M. A un permis l'autorisant à démolir un immeuble et l'autorisant à construire un immeuble d'habitation de sept logements, sur la parcelle cadastrée HC135 située au n°1 du chemin des Acajous sur le territoire communal. Par la présente requête, M. et Mme E demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Denis :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que les époux E occupent la parcelle cadastrée HI 73, située au n°1 du chemin des Acajous, en face du terrain d'assiette du projet. La parcelle des requérants n'est séparée du terrain d'assiette du projet que par le chemin des Acajous, qui est une route étroite. M. et Mme E doivent dès lors être regardés comme étant des voisins immédiats du projet. Ils font valoir que le projet litigieux aura pour effet, d'une part, de les priver de leur vue sur la mer, et, d'autre part, de dégrader les conditions de circulation sur le chemin des Acajous, sur lequel le croisement entre deux véhicules est déjà délicat. Dans ces conditions, les requérants font état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction de nature à justifier d'une atteinte susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Denis doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. En l'espèce, si la notice et le plan de situation indiquent que l'accès au projet se fera côté sud via le chemin des Acajous, le plan de masse PC 2 et le plan de coupe PC 3 indiquent à tort que la route desservant le projet est la " route de Bois de Nèfles ". Toutefois, il ressort clairement du plan de situation et des différents plans du dossier de permis que le seul accès possible au projet se trouve au sud de la parcelle, via le chemin des Acajous. En outre, le formulaire Cerfa indique que le projet se situe chemin des Acajous. Enfin, les photographies du terrain dans son environnement proche et dans son environnement lointain, contenues dans le dossier de permis de construire, ont permis au service instructeur d'apprécier l'étroitesse de la voie de desserte du projet. Ainsi, cette erreur matérielle, bien que regrettable, n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article IX " Dessertes et accès " des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Denis : " 1. Règles générales : Les accès et voiries doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences : / - de la sécurité des usagers, / - de la défense contre l'incendie et de l'utilisation des moyens de secours, / - liées à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions. / () ".

8. Il est constant que le chemin des Acajous, voie d'accès au projet, est une voie à double sens d'une largeur de six mètres. Cette voie, bien qu'étroite, permet le croisement de deux véhicules. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette voie présentait un danger pour la sécurité des usagers et ne permettrait pas d'assurer la défense contre l'incendie et l'utilisation des moyens de secours. Enfin, les éléments produits par les requérants ne permettent pas d'établir que le chemin serait saturé au point de ne pas pouvoir desservir sept logements supplémentaires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article IX des dispositions générales du plan local d'urbanisme doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article Ui 12 " Aires de stationnement " du règlement du plan local d'urbanisme : " Il sera fait application des règles mentionnées aux " Dispositions générales - paragraphe XVII. Stationnement ". L'article XVII des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme impose la création d'une place de stationnement par logement d'une surface plancher inférieure à 100 m2.

10. Il ressort de la notice et du formulaire Cerfa que le projet prévoit la création de sept places de stationnement. Si ces places de stationnement ne sont pas précisément reportées sur le plan de masse, aucune disposition n'impose de faire figurer sur le plan de masse l'emplacement de chaque place de stationnement. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas de ce plan de masse, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le projet ne permettrait pas la réalisation des sept places de stationnement prévues. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de places de stationnement doit être écarté.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article XVII des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " Stationnement véhicules non motorisés : / Pour les logements : / Lorsque les bâtiments neufs à usage principal d'habitation groupant au moins deux logements comprennent un parc de stationnement d'accès réservé, ces bâtiments doivent être équipés d'au moins un espace réservé au stationnement sécurisé des vélos. () / Caractéristiques : / L'espace destiné au stationnement sécurisé des vélos doit être couvert et éclairé, se situer de préférence au rez-de-chaussée ou rez de jardin du bâtiment ou à défaut au premier sous-sol et accessible facilement depuis les points d'entrée du bâtiment. / Cet espace qui peut être constitué de plusieurs emplacements, possède les caractéristiques minimales suivantes : / - pour les bâtiments à usage principal d'habitation : l'espace possède une superficie de 0,75 m2 par logement pour les logements de types T1 et T2 et 1,5 m2 par logement dans les autres cas, avec une superficie minimale de 3 m2 ; / () ".

12. Le projet litigieux prévoit la création d'un bâtiment neuf à usage principal d'habitation groupant sept logements et comprend un parc de stationnement d'accès réservé. Parmi les logements créés, sont prévus deux logements d'une pièce, quatre logements de deux pièces et un logement de quatre pièces. Dès lors, le projet doit être équipé, en application des dispositions précitées, d'un espace réservé au stationnement sécurisé des vélos d'une surface de 6 m2. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier de permis qu'un tel local serait prévu. Par suite, le moyen tiré de l'absence de local de stationnement pour véhicules non motorisés doit être accueilli.

Sur l'étendue de l'annulation :

13. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

14. Il résulte des dispositions de l'article L. 600-5 citées ci-dessus que le juge administratif peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet. Le juge peut, le cas échéant, s'il l'estime nécessaire, assortir sa décision d'un délai pour que le pétitionnaire dépose une demande d'autorisation modificative afin de régulariser l'autorisation subsistante, partiellement annulée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation partielle de l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la maire de la commune de Saint-Denis a accordé un permis de construire à M. A, en tant seulement que le projet ne comporte pas de local de stationnement pour véhicules non motorisés. Cette irrégularité est régularisable par un permis de construire modificatif, qui devra être demandé dans un délai de deux mois.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Saint-Denis soit mise à la charge des requérants, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis la somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A une somme au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2022 est annulé en tant seulement que le projet ne comporte pas de local de stationnement pour véhicules non motorisés, en méconnaissance de l'article XVII des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme. Le permis de régularisation devra être demandé dans un délai de deux mois.

Article 2 : La commune de Saint-Denis versera la somme globale de 1 500 euros aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de l'urbanisme.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Saint-Denis sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Mme F B épouse E, à M. C A et à la commune de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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