jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300791 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAYOL CAHEN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une protestation, enregistrée, le 13 juin 2023, Mme D A et M. C B demandent au tribunal :
1°) de déclarer comme non-fondé le rejet de la candidature de leur binôme ;
2°) d'annuler les opérations électorales pour les représentants des masseurs-kinésithérapeutes inscrits à titre libéral du conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte qui se sont déroulées le 8 juin 2023.
Ils soutiennent que :
- la candidature doit satisfaire aux prescriptions de l'article R. 4125-7 du code de la santé publique et le formulaire mis à disposition n'est pas prévu par le code de la santé publique et n'est par ailleurs pas clair dans ses indications ;
- le motif de rejet de leur candidature fondé sur le fait que Mme A avait par erreur indiqué qu'elle était titulaire du titre de masseur kinésithérapeute diplômé d'Etat alors qu'elle est titulaire d'une autorisation d'exercer délivrée par le ministère de la santé ne constitue pas une information erronée de nature à tromper l'électeur ;
- aucune discrimination ne peut être faite entre le titre de masseur kinésithérapeute et une autorisation d'exercer la profession délivrée par le ministère de la santé ;
- il ne s'agit que d'une erreur de plume sans conséquence, alors que l'erreur figurant sur le site internet concernant le dépôt des candidatures était erroné et a été signalé par les requérants ;
- la communication de l'ordre devra être plus claire gage d'une meilleure démocratie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, et un mémoire en production de pièces enregistré le 23 juillet 2024, le conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte représenté par Me Lor, conclut au rejet de la protestation et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme A et de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la demande d'annulation de la décision rejetant la candidature des requérants est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- l'éventuelle irrégularité n'est pas susceptible d'altérer la sincérité du scrutin.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 14 septembre 2023, le conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes, représenté par Me Lor, conclut à l'irrecevabilité de la demande d'annulation de la décision rejetant la candidature de Mme A et M. B et au rejet de leur protestation.
Il fait valoir que :
-son intervention est recevable ;
-la demande d'annulation de la décision rejetant la candidature des requérants est irrecevable ;
-les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
-l'éventuelle irrégularité n'est pas susceptible d'altérer la sincérité du scrutin.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de la santé publique ;
-le règlement électoral de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de M.B et de Me Lomari, subsituant Me Lor, pour le conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte et le conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes.
Considérant ce qui suit :
1. Les opérations électorales pour le renouvellement partiel des membres titulaires et suppléants du conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CIOMK) de La Réunion-Mayotte se sont déroulées le 8 juin 2023 selon un mode de scrutin binominal pour l'élection au collège libéral. Mme A, en binôme avec M. B, qui se sont portés candidats ont vu leur candidature déclarée irrecevable par courriers du 12 mai 2023, au motif que Mme A avait par erreur indiqué qu'elle était titulaire du titre de masseur kinésithérapeute (MK) diplômé d'Etat alors qu'elle est titulaire d'une autorisation d'exercer délivrée par le ministère de la santé. Par la présente protestation, Mme A et M. B demandent l'annulation des opérations électorales pour les représentants des masseurs-kinésithérapeutes inscrits à titre libéral du conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte qui se sont déroulées le 8 juin 2023.
Sur l'intervention du conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes :
2. Le conseil national de l'ordre justifie d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien du rejet de la protestation de Mme A et M. B. Son intervention est par suite recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation des opérations électorales :
3. D'une part, aux termes de l'article R. 4321-34 du code de la santé publique, applicable aux masseurs-kinésithérapeutes : " Les conseils de l'ordre sont élus pour six ans au suffrage direct par scrutin binominal majoritaire à un tour et renouvelé par moitié tous les trois ans. Chaque binôme est composé de candidats de sexe différent./Sous réserve des adaptations rendues nécessaires, notamment, par la répartition des électeurs en deux collèges, le premier représentant les masseurs-kinésithérapeutes inscrits à titre libéral, le second ceux inscrits en qualité de salariés, les modalités des élections aux conseils et aux chambres disciplinaires de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes sont celles qui sont fixées par les dispositions du chapitre V du titre II du livre Ier pour les élections aux conseils et aux chambres disciplinaires de l'ordre des médecins. ". Aux termes de l'article R. 4125-6 du même code rendu applicable aux masseurs-kinésithérapeutes par l'article R. 4321-34 de ce code : " Trente jours au moins avant le jour de l'élection, les candidats déposent au siège du conseil organisateur contre récépissé leur déclaration de candidature revêtue de leur signature ou la font connaître au président de ce même conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ". Selon l'article R. 4125-7 de ce même code : " Chaque candidat remplit une déclaration de candidature dans laquelle il indique ses nom et prénoms, sa date de naissance, son adresse, ses titres, son mode d'exercice, sa qualification professionnelle et, le cas échéant, ses fonctions ordinales ou dans les organismes professionnels, actuelles et, le cas échéant, passées ".
4. D'autre part, selon l'article 8 du règlement électoral de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes : " Chaque candidat remplit une déclaration de candidature dans laquelle il indique, ses nom et prénoms, sa date de naissance, son adresse, ses titres, son mode d'exercice, sa qualification professionnelle et le cas échéant ses fonctions ordinales et dans les organismes professionnels, actuelles et, le cas échéant, passées. Si le scrutin est binominal, il mentionne le candidat avec lequel il se présente en binôme et produit son acceptation. Les candidats présentés en binômes en vue de l'élection peuvent souscrire une déclaration conjointe de candidature. Cette déclaration, à peine de nullité, est revêtue de la signature des deux candidats. /Un formulaire type téléchargeable est mis à la disposition des candidats sur le site internet du conseil national de l'ordre www.ordremk.fr ". Aux termes de l'article 9 de ce règlement : " Si la déclaration de candidature n'est pas conforme à l'article 8, elle n'est pas enregistrée. Le refus d'enregistrement concernera dans ce cas les deux membres du binôme ". Enfin, son article 14 prévoit que : " Est irrecevable, la déclaration de candidatures qui () ;/Comporte des informations erronées de nature à tromper l'électeur ".
5. Il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 que les candidats au scrutin binominal sont tenus de mentionner dans leur déclaration de candidature leurs titres. Le formulaire de déclaration de candidature du binôme produit à l'instance comporte une mention " Titres " qui précise " titulaire du titre de masseur kinésithérapeute ou d'une autorisation d'exercice délivrée par les services de l'Etat (rayer la mention inutile). Cette mention " Titres " figurant sur le formulaire doit être regardée comme satisfaite par les candidats qui justifient soit d'un titre ou soit d'une autorisation d'exercice, une erreur d'indication sur le formulaire d'une de de ces deux modalités correspondant aux titres prévus par l'article R. 4125-7 étant sans incidence sur la recevabilité de la candidature et, dès lors que ce formulaire n'est pas communiqué à l'électeur, n'est pas de nature à le tromper. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A et M. B sont fondés à soutenir que c'est à tort que le président du CIOMK de La Réunion-Mayotte, leur a opposé l'irrecevabilité de leurs déclarations au motif d'une erreur dans le remplissage du formulaire de déclaration de candidature.
6. Il n'appartient pas au juge de l'élection de sanctionner toute irrégularité ayant pu entacher le déroulement d'opérations électorales, mais seulement d'apprécier si cette irrégularité a été de nature à affecter la sincérité du scrutin et, par suite, la validité des résultats proclamés.
7. Il résulte en toute hypothèse du procès-verbal de dépouillement des élections des conseillers départementaux de la Réunion-Mayotte, que sur 2144 électeurs, le nombre de suffrages valablement exprimés a été de 391, soit 18,2 % du nombre des électeurs, pour 3 sièges à pourvoir au scrutin à la majorité relative pour les titulaires et 3 sièges pour les suppléants. Il résulte de l'instruction que d'une part, chacun des six binômes élus ont obtenu un siège, titulaire ou suppléant, parmi les 6 sièges à pourvoir au total, et que l'écart de voix entre le binôme élu suppléant qui arrive en quatrième position et le sixième et dernier binôme suppléant, il existe seulement 23 voix d'écart, d'autre part, M. C B exerce les fonctions de président de la commission paritaire des MK de la Réunion, a exercé les fonctions d'ancien secrétaire puis de président du syndicat des MK de La Réunion, a été ancien membre de l'URPS MKOI et a été ancien secrétaire général puis président du Centre départemental des professions de santé de La Réunion. Dans ces conditions, compte tenu du motif pour lequel la candidature du binôme composé de M. B et de Mme A a été rejetée, et du fait que l'ensemble des binômes qui ont candidatés ont tous eu un siège, l'irrégularité commise par le CIOMK de La Réunion-Mayotte en rejetant la candidature des requérants pour les élections du 8 juin 2023, est de nature à avoir altéré la sincérité du scrutin.
8. Il résulte de ce qui précède que les opérations du 8 juin 2023 relatives à l'élection du conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte au titre du collège libéral doivent être annulées.
Sur les frais du litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A et de M. B, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention du conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes est admise.
Article 2 : Les opérations du 8 juin 2023 relatives à l'élection du conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte au titre du collège libéral sont annulées.
Article 3 : Les conclusions du conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et M. C B, au conseil interdépartemental de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de La Réunion-Mayotte, au conseil national de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes et à la ministre de la santé et de la prévention.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Blin, présidente,
M. Monlaü, premier conseiller,
Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜ
La présidente,
A. BLIN
Le greffier,
F. IDMONT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300791
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026