lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300833 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juin et 8 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Wandrey, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII est irrégulier, dès lors qu'il a été rendu six mois après la demande de titre de séjour et que le collège n'a pas sollicité d'éléments actualisés relatifs à son état de santé ;
- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 8 juin 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Felsenheld a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante comorienne née le 7 novembre 1999 aux Comores, est entrée à La Réunion en août 2022 dans le cadre d'une évacuation sanitaire. Après avoir été titulaire d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 1er décembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade auprès du préfet de La Réunion. Par une décision du 4 mai 2023 le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, Mme B soutient que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII du 3 avril 2023 est irrégulier, dès lors qu'il est fondé sur des documents médicaux incomplets et trop anciens. Toutefois, il appartenait à Mme B de compléter sa demande en cours d'instruction si elle estimait utile de le faire. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. "
4. Pour rejeter la demande présentée par Mme B le préfet de la Réunion s'est fondé, après avis du collège des médecins de l'OFII du 3 avril 2023, sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité que le défaut de prise en charge médicale aurait sur son état de santé. En l'espèce, la requérante a été admise au centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion pour y subir le 14 septembre 2022 une intervention chirurgicale tendant à la mise en place d'une prothèse totale de hanche gauche en vue du traitement d'une coxarthrose. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de cette opération, l'état de santé de Mme B justifie une rééducation ainsi qu'un contrôle médical annuel à l'hôpital, dès lors qu'elle conserve une boiterie ainsi que des douleurs lombaires. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en retenant que le défaut de prise en charge médicale n'aurait pas pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prohibant les traitements inhumains et dégradants, à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
7. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
10. Pour assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet a retenu que Mme B était entrée à La Réunion en août 2022, que son temps de présence en France était de moins de cinq ans et qu'elle ne justifiait d'aucun lien avec la France. A l'instance Mme B fait valoir, sans l'établir, qu'elle vit maritalement avec un ressortissant français résidant à La Réunion et que son état de santé justifie qu'elle puisse revenir en France pour se faire soigner. Toutefois, ce faisant elle ne conteste pas le caractère récent de son séjour en France et il ne résulte pas de ce qui a été dit au point 4 que son état de santé nécessiterait son retour en France dans un bref délai. Par suite, alors même qu'il est constant qu'elle n'avait jamais fait l'objet d'une décision d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, la décision portant interdiction de retour n'est pas contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme prohibant les traitements inhumains et dégradants.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 4 mai 2023. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
La greffière,
S. BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
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