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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300843

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300843

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a rejeté la requête de Mme B A, professeure des écoles, qui contestait le refus de la rectrice de l'académie de La Réunion de prendre en charge ses frais de changement de résidence après son admission à la retraite. La requérante soutenait que le centre de ses intérêts matériels et moraux se situait en métropole (Haute-Garonne), mais le tribunal a estimé que les éléments fournis étaient insuffisants pour établir cette allégation. La décision s’appuie sur l’article 21 du décret n° 89-271 du 12 avril 1989, qui conditionne le remboursement des frais de changement de résidence à la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de l’agent au moment de la décision administrative. Le tribunal a jugé que l’administration n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que ce centre se trouvait à La Réunion, compte tenu de la durée du séjour et de l’absence de preuves suffisantes de liens avec la métropole.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 juin 2023 et 9 février 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2023 de la rectrice de l'académie de La Réunion ayant refusé sa demande de prise en charge des frais de changement de résidence suite à son admission à la retraite, ensemble la décision du 9 mai 2023 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au recteur de lui verser l'indemnité de frais de changement de résidence.

Elle soutient que la rectrice a commis une erreur d'appréciation en fondant son refus sur la situation du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, le recteur de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête et fait valoir que le moyen n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret 89-271 du 12 avril 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon, conseillère,

- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,

- aucune des parties n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A professeure des écoles affectée à La Réunion a été admise à faire valoir ses droits à la retraite le 1er septembre 2022. Le 27 janvier 2023, elle a fait une demande tendant à la prise en charge de ses frais de changement de résidence pour se rendre en Haute-Garonne, sur le territoire européen de La France. Par courrier du 1er mars 2023, la rectrice de l'académie de La Réunion a rejeté sa demande. Par courrier du 16 mars 2023, elle a formé un recours gracieux. Par courrier du 9 mai 2023, la rectrice a rejeté son recours gracieux. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 1er mars 2023 ensemble la décision du 9 mai 2023 rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 21 du décret du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de changements de résidence des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre : " L'agent admis à la retraite peut prétendre au remboursement des frais de changement de résidence, pour lui et les membres de sa famille, s'il demande son rapatriement, au lieu de sa résidence habituelle, dans un délai de deux ans à compter de sa radiation des cadres. " Aux termes de l'article 5 de ce décret, le lieu de résidence habituelle doit s'entendre comme le " lieu où se trouve le centre des intérêts moraux et matériels de l'intéressé, c'est-à-dire le territoire européen de la France ou un département d'outre-mer selon le cas ".

3. Pour déterminer la localisation du centre des intérêts matériels et moraux du fonctionnaire, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge, de tenir compte notamment, outre de la durée du séjour en métropole ou en outre-mer, de son lieu de naissance, du lieu où se trouvent sa résidence et celle des membres de sa famille, du lieu où le fonctionnaire est, soit propriétaire ou locataire de biens fonciers, soit titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux, ainsi que d'autres éléments d'appréciation parmi lesquels le lieu du domicile avant l'entrée dans la fonction publique de l'agent, celui où il a réalisé sa scolarité ou ses études, la volonté manifestée par l'agent à l'occasion de ses demandes de mutation et de ses affectations ou la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de son conjoint ou partenaire au sein d'un pacte civil de solidarité. L'appréciation de la situation de fait concernant la localisation du centre des intérêts moraux et matériels d'un agent, qui peut varier dans le temps, doit être appréciée à la date à laquelle l'administration, sollicitée par l'agent, se prononce sur l'application d'une disposition législative ou règlementaire.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est née à Toulouse et a obtenu son diplôme à l'institut universitaire de formation des maîtres de La Réunion où elle a étudié du 1er septembre 1994 au 31 août 1995. Elle a exercé ses fonctions au sein de l'académie de La Réunion, depuis le 1er septembre 1995 jusqu'au 31 août 2022, à l'exception d'une période de quatre années, du 1er septembre 2007 au 31 août 2011 où elle a exercé ses fonctions dans le département de la Haute-Garonne, après une demande de mutation. A la date du 31 août 2022, elle totalisait 23 ans d'exercice dans le département de La Réunion en tant que professeur des écoles, auxquels s'ajoute l'année de préparation de son diplôme à l'IUFM. Elle y a été propriétaire d'un bien immobilier. Mme A fait toutefois valoir que ses intérêts financiers et moraux n'ont jamais été à La Réunion, dans la mesure où elle a effectué toute sa scolarité (primaire, collège, lycée, études supérieures) jusqu'au 31 août 1985, que ses parents sont nés en métropole où sa mère et son fils vivent et où se trouve la sépulture de son père décédé, dans la mesure également où elle déclare être propriétaire de deux biens immobiliers en Haute-Garonne, qu'elle est inscrite sur les listes électorales de son lieu d'habitation, qu'elle est domiciliée fiscalement en métropole et qu'elle n'a plus de compte bancaire à La Réunion, qu'elle a effectué des séjours en métropole pendant ses périodes de temps partiel annualisés et ses congés de formation. Cependant, en se bornant à préciser qu'elle réunit tous les critères sans apporter aucun élément probant à l'appui de ses allégations autre que la preuve de sa mutation pendant quatre années en Haute-Garonne, alors au demeurant qu'il est constant qu'elle n'a fait aucune demande de mutation entre 2011 et 2022 et qu'elle n'a jamais fait de demande de congés bonifiés, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la rectrice de l'académie de La Réunion aurait commis une erreur d'appréciation en estimant qu'à la date de son admission à la retraite, le centre de ses intérêts matériels et moraux se trouvait à La Réunion et en se fondant, parmi d'autres critères sur la durée de son séjour dans ce département. Ainsi, c'est à bon droit que la rectrice de l'académie de La Réunion lui a refusé le versement de l'indemnité forfaitaire pour changement de résidence.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au recteur de l'académie de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 septembre 2024.

La rapporteure,

L. LEBON

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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