lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2300863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin et 30 novembre 2023, M. D A B, représenté par Me Ali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à Me Ali en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'autorité de la chose jugée du jugement n°2200320, dès lors qu'elle rejette sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il n'a pas fourni d'autorisation de travail ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ne lui octroie pas de délai supérieur à trente jours.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,
- et les observations de Me Ali représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant malgache né le 10 janvier 1987 à Madagascar, est entré en France en octobre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité un titre de séjour le 18 février 2019 sur le fondement de ses liens personnels et familiaux. Par un arrêté du 1er février 2022, le préfet de La Réunion a refusé de faire droit à cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Par un jugement n°2200320 du 30 septembre 2022, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 1er février 2022 et a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A B dans un délai de de deux mois. Par un nouvel arrêté du 23 mai 2023 le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa demande de titre de séjour, M. A B s'est prévalu de la conclusion d'un contrat de travail avec la société RockStone alors qu'il était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler délivrée en exécution du jugement n°2200320 du 30 septembre 2022. Cette autorisation de travail n'était toutefois valable que pour la durée de l'autorisation provisoire de séjour abrogée par la présente décision litigieuse et ne saurait constituer l'autorisation de travail prévue par les dispositions ci-dessus reproduites. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'autorité préfectorale a refusé au requérant le bénéfice de ces dispositions au motif qu'il ne justifiait pas d'une autorisation de travail.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est né en 1987 à Antananarivo, qu'il réside à La Réunion depuis le mois d'octobre 2018, que son fils l'a rejoint en août 2022, que plusieurs membres de sa famille, notamment sa mère, y résident et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société Dago Made, appartenant à sa mère, en qualité de responsable des approvisionnements et des opérations d'importations depuis le mois de janvier 2023. Toutefois, il résulte de ces éléments que M. A B a vécu à Madagascar avec son fils et sa femme, qui y réside toujours, jusqu'à l'âge de 31 ans. Ainsi, sa situation personnelle ne fait pas obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale à Madagascar accompagné de son fils. Par suite, au regard notamment de sa faible durée de présence en France et du caractère également récent de son activité professionnelle à La Réunion en tant que salarié, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les dispositions et les stipulations citées au point précédent.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au paragraphe 5.
8. Il suit de là que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
10. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité préfectorale prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, soit le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision doit être écarté.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au paragraphe 5, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant en ne lui accordant pas de délai de départ volontaire.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
Sur la décision portant interdiction de retour :
13. Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
14. En premier lieu, la décision litigieuse, qui cite les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, mentionne des éléments de faits relatifs à la durée de présence de M. A B sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. L'arrêté précise également que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire en date du 1er février 2022, annulée par un jugement du tribunal administratif du 30 septembre 2022. Dès lors, sans qu'il soit besoin que le préfet précise que la présence de M. A B en France ne constitue une menace pour l'ordre public, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5 du présent jugement le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 23 mai 2023. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
La greffière,
S. BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
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