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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2300894

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2300894

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2300894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 6 juillet 2023 et le 19 mars 2024, M. A B, représenté par Me Dugoujon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du service départemental de secours et d'incendie (SDIS) a refusé de lui attribuer une nouvelle bonification indiciaire (NBI) de quinze points du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020 ;

2°) de condamner le SDIS à lui verser la somme de 913,809 euros en réparation de son préjudice financier résultant du non-versement de la NBI entre le 1er janvier 2019 et le 31 janvier 2020, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 avril 2023 et de leur capitalisation à compter du 12 avril 2024 ;

3°) de condamner le SDIS à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral subi ;

4°) de mettre à la charge du SDIS de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le SDIS lui a accordé le bénéfice de la NBI à compter du 1er février 2020 ne prend pas en compte la période courant du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020, non couverte par la prescription quadriennale ;

- il est fondé à engager la responsabilité du SDIS en raison du préjudice financier qu'il a subi du fait du non-versement de la NBI sur la période de 13 mois non prise en compte par l'arrêté du 30 janvier 2024 ;

- il a subi un préjudice moral en raison du fait que son employeur a initialement refusé de faire droit à sa demande de versement de la NBI.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2023, le SDIS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par un arrêté du 30 janvier 2024, il a octroyé à son agent une NBI de 15 points majorés à compter du 1er février 2020, compte-tenu de la prescription quadriennale ;

- le requérant ne justifie pas d'un préjudice moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;

- le décret n° 2006-779 du 3 juillet 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public

- les observations de Me Madec, substituant Me Dugoujon,pour M. B, le SDIS n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, initialement adjoint technique principal, élevé au grade d'agent de maîtrise le 1er mai 2020, exerce les fonctions de chef de la cellule " travaux de maintenance nord-est " au sein du service bâtiments et gestion immobilière du groupement des moyens techniques et logistiques, depuis le 15 septembre 2012. Par courrier du 11 avril 2023, dont le SDIS a accusé réception le 12 avril suivant, il a demandé le paiement de la somme de 8 945,62 euros, au titre de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) majorée de 15 points à compter de sa prise de fonction, compte-tenu de l'exercice de missions d'encadrement d'une équipe à vocation technique d'au moins cinq agents, outre la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral résultant pour lui de l'absence de paiement de la NBI. A la suite du rejet implicite de sa demande dont il demande l'annulation, le SDIS, par un arrêté du 30 janvier 2024, postérieur à l'introduction de sa requête, lui a attribué la NBI à compter du 1er février 2020. M B demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision implicite du 12 juin 2023, en tant qu'elle n'intègre pas la période courant du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020 dans le calcul du montant de la NBI, le paiement de la somme de 913,809 euros au titre de son préjudice financier et celle de 1 500 euros en réparation du préjudice moral subi.

Sur l'attribution de la NBI de 15 points à compter du 1er janvier 2019 :

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires, instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulière dans des conditions fixées par décret. " Aux termes de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte pour le calcul de la retraite, est versée mensuellement aux fonctionnaires territoriaux exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ".

3. Il résulte du point 19 du tableau annexé au décret du 3 juillet 2006 cité au point 2, que sont éligibles à une nouvelle bonification indiciaire de quinze points les agents exerçant les fonctions de : " encadrement de proximité d'une équipe à vocation technique d'au moins cinq agents ".

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative aux créances sur l'Etat, sur les départements et sur les communes : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () ". Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle l'agent aurait dû être rémunéré.

5. Il résulte de l'instruction que le SDIS a, par arrêté du 30 janvier 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, accordé à M. B le bénéfice de la NBI de quinze points au titre des fonctions d'encadrement d'une équipe à vocation technique d'au moins cinq agents avec effet au 1er février 2020. M B justifie avoir formulé une demande préalable portant sur l'attribution de la NBI reçue par le SDIS le 12 avril 2023. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à demander le paiement des rappels dus au titre de la NBI pour la période non couverte par la prescription, courant du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020, dont le montant, ramené à la somme de 913,809 euros, n'est d'ailleurs pas contesté par le SDIS.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du SDIS lui refusant implicitement le bénéfice d'une NBI de quinze points pour la période du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020.

7. Le présent jugement implique que le SDIS régularise la situation de M B et lui verse la somme de 913,809 euros au titre de la NBI, au prorata de la période courant du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020, augmentée du montant des intérêts au taux légal à compter du 12 avril 2023 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 12 avril 2024. Il y a lieu de prononcer une injonction en ce sens qui devra être exécutée dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Si M. B soutient avoir subi un préjudice moral en raison des " refus abusifs opposés à ses demandes de NBI ", il n'en établit pas la réalité. Par suite, il n'est pas fondé à demander réparation d'un tel préjudice. Ses conclusions aux fins d'indemnisation du préjudice moral qu'invoque M. B doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du SDIS le versement à M. B de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du SDIS en tant qu'elle refuse implicitement à M. B le paiement de la NBI de quinze points majorés pour la période du 1er janvier 2019 au 31 janvier 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au SDIS de verser à M. B la somme de 913,809 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 avril 2023. Les intérêts échus à la date du 12 avril 2023 seront capitalisés pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 3 : Le SDIS versera la somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au SDIS.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Blin, présidente,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024. .

La rapporteure

N. TOMI

La présidente,

A. BLIN

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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