samedi 15 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ALI-MAGAMOOTOO-YEN PON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 août 2023, M. B C, représenté par Me Ali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à Me Ali en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- l'arrêté méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- l'arrêté est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 7 juillet 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. C à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,
- et les observations de Me Djafour représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant de nationalité comorienne né le 31 décembre 1978 aux Comores, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de Française. Par un arrêté du 4 mai 2023, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur le refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "
3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement à La Réunion en septembre 2020 sous couvert d'un visa mention " étudiant ". Le 4 juillet 2022 il s'est marié à la mairie Saint-André avec Mme A ressortissante de nationalité française née le 13 janvier 1976. Pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité de conjoint de Française présentée par M. C, le préfet a retenu qu'il résultait d'une enquête de communauté de vie réalisée par la police nationale le 21 décembre 2022 une absence de communauté de vie entre les époux. En effet, il résulte notamment du rapport d'enquête de la police produit à l'instance que Mme A n'est pas en mesure de donner les dates de sa rencontre et de son mariage avec M. C et que " dans la chambre parentale, aucun vêtement de monsieur n'était constaté, ni de chaussures ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A est illettrée et dispose d'un usage limité de la langue française de telle sorte qu'il ne peut être déduit de ses réponses aux questions posées durant l'entretien, une absence de communauté de vie entre les époux. En outre, contrairement à ce que soutient préfet, il ne résulte pas des termes du rapport de police que le logement du couple ne contiendrait aucun effet personnel de M. C. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le bail d'habitation du logement des époux porte également le nom de M. C, que celui-ci reçoit son courrier à l'adresse commune du couple et que toutes les pièces administratives de la famille sont adressées aux deux membres de celle-ci. Enfin, M. C produit à l'instance de très nombreuses attestations de tiers et notamment de voisins témoignant d'une communauté de vie entre M. C et son épouse depuis 2021. Ainsi, compte tenu notamment du caractère imprécis et lacunaire du rapport d'enquête, seul document sur lequel s'appuie le préfet pour justifier sa décision, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il retient que le couple ne justifie pas d'une communauté de vie.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 4 mai 2023.
Sur les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte :
5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de La Réunion de délivrer un titre de séjour à M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de justice :
6. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ali renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de La Réunion du 4 mars 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de délivrer à M. M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.
Article 3 : L'Etat versera à Me Ali une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Ali et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026