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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301058

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301058

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPRAGMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 août et 22 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Antoine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande du 13 avril 2023 tendant à obtenir une attestation employeur rectifiée, destinée à Pôle emploi, mentionnant comme motif de rupture " fin de contrat à durée déterminée" ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Denis de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la commune a commis un détournement de pouvoir en cochant la case " rupture anticipée du contrat à l'initiative du salarié ", pour éviter de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) à laquelle il peut prétendre en application des dispositions de l'article L.5421-1 du code du travail ;

- elle a dénaturé les faits en considérant qu'il s'agissait d'une rupture à son initiative alors que son contrat était arrivé à échéance ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- il doit être regardé comme ayant été involontairement privé d'emploi dès lors que le refus opposé au renouvellement de son contrat est justifié par un motif légitime au sens des dispositions de l'article 3 du décret n° 2020-741 du 16 juin 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 octobre 2023 et le 8 avril 2024, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Hoarau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, en l'absence de demande formulée auprès de l'autorité administrative compétente ;

- en l'absence de motif légitime susceptible de justifier le refus de renouveler son contrat il ne peut donc être tenu comme ayant été involontairement privé d'emploi.

Par une ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère ;

- les conclusions de M. Sauvageot rapporteur public ;

- les observations de Me Hoarau, cabinet PRAGMA, pour la commune de Saint-Denis ;

- M. A n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté par la commune de Saint-Denis par un contrat à durée déterminée courant du 1er août 2019 au 31 juillet 2022 en qualité d'ingénieur pour exercer les fonctions de responsable du service conditions de travail à la direction des ressources humaines. Le 7 juin 2022, la directrice des ressources humaines lui a proposé de renouveler son contrat aux mêmes conditions pour une nouvelle durée de trois ans, offre qu'il a déclinée. Par un courriel du 13 avril 2023, resté sans réponse, il a demandé la délivrance de la copie de son contrat et de l'attestation employeur rectifiée, mentionnant au titre du motif de la rupture de son contrat " fin de contrat à durée déterminée " en remplacement de " rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée à l'initiative du salarié ". Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense

2. Aux termes de l'article L.112-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne, dès lors qu'elle s'est identifiée préalablement auprès d'une administration, peut, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, adresser à celle-ci, par voie électronique, une demande, une déclaration, un document ou une information, ou lui répondre par la même voie. Cette administration est régulièrement saisie et traite la demande, la déclaration, le document ou l'information sans lui demander la confirmation ou la répétition de son envoi sous une autre forme ".

3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du courriel qu'il a adressé le 13 avril 2023 auprès du service gestionnaire des ressources humaines de la commune de Saint-Denis, que M. A a formulé une demande d'attestation employeur rectifiée, après avoir été employé pendant plus de six ans par cette collectivité. Il était ainsi nécessairement connu du service gestionnaire auquel il a adressé cette demande. En l'absence de réponse à sa demande, une décision implicite de rejet est née au terme d'un délai de deux mois. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la collectivité ne peut être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs involontairement privés d'emploi () aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure ". Aux termes de l'article L. 5424-1 de ce code : " Ont droit à une allocation d'assurance () : / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics autres que ceux de l'Etat () ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du même code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d'assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public : " Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : () 2° Les personnels de droit public () dont le contrat est arrivé à son terme et n'est pas renouvelé à l'initiative de l'employeur ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Sont assimilés aux personnels involontairement privés d'emploi : () : 2° Les personnels de droit public ou de droit privé ayant refusé le renouvellement de leur contrat pour un motif légitime lié à des considérations d'ordre personnel ou à une modification substantielle du contrat non justifiée par l'employeur ". En application de ces dispositions, l'agent contractuel qui fait connaître à son employeur qu'il refuse le renouvellement de son contrat à durée déterminée, sans que ce refus soit fondé sur un motif légitime, ne saurait être regardé comme involontairement privé d'emploi à l'échéance de ce contrat.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été employé par la commune de Saint-Denis pendant trois ans en vertu d'un contrat à durée déterminée arrivé à échéance le 31 juillet 2022. Pour considérer que cette rupture des relations contractuelles était imputable au requérant et s'analysait en une perte volontaire d'emploi, la commune de Saint-Denis, qui indique avoir fait application du guide de Pôle emploi, se borne à faire état d'un courriel adressé par la directrice des ressources humaines le 7 juin 2022 prenant acte de la décision du requérant de ne pas donner suite à la proposition de renouvellement de son contrat, dont la teneur n'est pas contestée par le requérant. Toutefois, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier aurait été effectivement destinataire d'une proposition de renouvellement permettant de considérer qu'il était à l'initiative d'une rupture anticipée des relations contractuelles, son contrat de travail a en tout état de cause été exécuté jusqu'à son terme. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la commune de Saint-Denis a, en refusant de modifier l'attestation d'employeur destiné à Pôle emploi sur laquelle a été initialement cochée la case " rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée " figurant au paragraphe relatif au " motif de la rupture du contrat de travail ", au lieu de " fin de contrat à durée déterminée ", commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle la commune de Saint-Denis a implicitement rejeté la demande de rectification de l'attestation employeur destinée à Pôle emploi formulée par M. A le 13 avril 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Saint-Denis de délivrer une attestation employeur destinée à Pôle emploi rectifiée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. M. A n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées par la commune de Saint-Denis au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis, une somme de 800 euros à verser à M A au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardée par la commune de Saint-Denis sur la demande de M.B A du 13 avril 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Denis de délivrer à M.B A l'attestation employeur destinée à Pôle emploi rectifiée, mentionnant le motif de rupture " fin de contrat à durée déterminée ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Denis versera à M.B A une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B A et les conclusions présentées par la commune de Saint-Denis sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Blin, présidente,

- M. Monlau, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 3 octobre 2024.

La rapporteure,

N.TOMI

La présidente,

A.BLINLe greffier,

F.IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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