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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301069

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301069

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 août 2023 et 1er mai 2024, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2023 par laquelle le maire de Saint-Leu a prononcé son licenciement pour faute grave sans préavis ni indemnité ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Leu de le réintégrer et de lui verser son traitement à compter du 1er juillet 2022, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé un délai de 30 jours suivant notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère disproportionné de la sanction prononcée.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2024, la commune de Saint-Leu, représentée par Me Maillot, conclut au rejet de la requête :

Elle fait valoir que :

- elle est irrecevable en l'absence de signature ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de M. A,

- et celles de Me Maillot, pour la commune de Saint-Leu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, employé en contrat à durée indéterminée par la commune de Saint-Leu comme adjoint technique depuis 2013, était affecté en qualité de chargé d'accueil en bibliothèque. A la suite de la diffusion sur sa page personnelle " facebook " d'une vidéo dans laquelle il exprimait de vives critiques et tenait des propos injurieux à l'encontre du maire, il a fait l'objet, le 30 juin 2022, d'une suspension de fonctions. Par arrêté du 8 août 2023 pris après avis du conseil de discipline, M. A a été licencié pour faute grave, sans préavis ni indemnité. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge () " Aux termes de l'article R. 414-2 du code de justice administrative : " Les personnes physiques et morales de droit privé non représentées par un avocat, autres que celles chargées de la gestion permanente d'un service public, peuvent adresser leur requête à la juridiction par voie électronique au moyen d'un téléservice accessible par le réseau internet. / Ces personnes ne peuvent régulièrement saisir la juridiction par voie électronique que par l'usage de ce téléservice ". Aux termes de son article R. 414-3 : " Les caractéristiques techniques de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 et du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 garantissent la fiabilité de l'identification des parties ou de leur mandataire, l'intégrité des documents adressés ainsi que la sécurité et la confidentialité des échanges entre les parties et la juridiction. Elles permettent également d'établir de manière certaine la date et l'heure de la mise à disposition d'un document ainsi que celles de sa première consultation par son destinataire. Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, définit ces caractéristiques, les exigences techniques qui doivent être respectées par les utilisateurs et leurs modalités d'inscription ". Aux termes de son article R. 414-4 : " L'identification de l'auteur de la requête, selon les modalités prévues par l'arrêté mentionné à l'article R. 414-3, vaut signature pour l'application des dispositions du présent code ".

3. La requête a été présentée au moyen de l'application Télérecours. En vertu des dispositions citées au point 2, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de signature manuscrite de l'auteur de la requête doit donc être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 36 du décret du 15 février 1988 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ". Aux termes de l'article 36-1 de ce décret : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de traitement pour une durée maximale de six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et d'un an pour les agents sous contrat à durée indéterminée ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a publié sur sa page " facebook " des propos à caractère diffamatoire et prononcé de vives critiques à l'encontre du maire de Saint-Leu, M. B, et que ces propos ont été relayés par l'ancien maire M. C sur sa page " facebook " personnelle, comme l'atteste le procès-verbal de constat d'huissier réalisé le 24 juin 2022. La matérialité de ces faits n'est pas contestée par l'intéressé qui a les a reconnus et pour lesquels il a présenté des excuses lors de son audition par le conseil de discipline le 8 juin 2023. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces manquements, qui n'ont d'ailleurs donné lieu à aucune poursuite pénale, mais sont considérés à juste titre comme constitutifs d'une faute disciplinaire, auraient eu des répercussions particulières de nature à porter atteinte à la crédibilité de la collectivité, alors que l'intéressé fait par ailleurs l'objet d'évaluations professionnelles satisfaisantes et n'a jamais auparavant fait l'objet de poursuites disciplinaires. Dans ces conditions, le maire de Saint-Leu, bien que n'étant pas lié par l'avis du conseil de discipline ayant conclu au prononcé d'un blâme a, en faisant le choix de la sanction la plus lourde du licenciement sans préavis ni indemnité, prononcé une sanction disproportionnée aux faits de l'espèce. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Saint-Leu du 8 août 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'annulation de la décision du 8 août 2023 portant licenciement de M. A sans indemnité implique qu'il soit réintégré dans ses fonctions et rétabli dans ses droits à traitement à compter de cette date, sous réserve de son admission à la retraite. Par voie de conséquence, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Leu de réintégrer M. A, et de le rétablir dans ses droits à traitement à compter du 8 août 2023, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A qui n'est pas la partie perdante, le versement de la somme que demande la commune de Saint-Leu. Dans les circonstances de l'espèce, en l'absence de recours au ministère d'un avocat et de justification de frais engagés, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu le versement de la somme que demande M. A sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 août 2023 par lequel le maire de Saint-Leu a prononcé le licenciement de M. A sans préavis ni indemnité est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Leu de réintégrer M. D A à compter du 8 août 2023, et de le rétablir dans ses droits à traitement à compter de cette date, sous réserve de son admission à la retraite, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D A est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Leu au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Saint-Leu.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Blin, présidente,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

N.TOMI

La présidente,

A. BLIN

Le greffier,

F. IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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