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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301099

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301099

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMOUTOUALLAGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 28 août 2023, 15 septembre 2023 et 2 mai 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Galilée, représentée par Me Moutouallaguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Saint-Paul du 6 mars 2023 portant permis d'aménager n° PA 974415 22 D 0013, ensemble la décision du 28 juin 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir, dès lors que son bail n'était pas résilié au jour du permis en litige et que son occupation des lieux était régulière ;

- le dossier présenté par la société par actions simplifiée (SAS) Cambaie Développement était incomplet au regard des articles R. 441-3, R. 441-4, R. 441-4-1 et R. 431-24 du code de l'urbanisme ;

- le permis attaqué a été accordé en violation des articles AU1ec et U1e 7 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il a été accordé en violation des articles AU1e 2 et U1e 2 de ce règlement, ainsi que de l'article 1.4 des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) du plan local d'urbanisme ;

- le projet en litige méconnaît les articles L. 424-4 du code de l'urbanisme et L. 122-1 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Cambaie Développement, représentée par Me Guillot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SARL Galilée le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante est dépourvue d'intérêt à agir au regard des articles L. 600-1-2 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- les autres moyens soulevés par la société Galilée ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Charrel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la SARL Galilée le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle fait siens les moyens développés par la SAS Cambaie Développement.

Des pièces complémentaires présentées pour la société Galiliée ont été enregistrées le 17 novembre 2024 et n'ont pas été communiquées.

Par une lettre du 14 novembre 2024, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de mettre en œuvre l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Deux mémoires d'observations présentés pour la société Galilée et relatifs à la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ont été enregistrés les 17 novembre et 1er décembre 2024.

Un mémoire d'observations présenté pour la société Cambaie Développement et relatif à la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme a été enregistré le 27 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 :

- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public ;

- les observations de Me Ramsamy, substituant Me Moutouallaguin, pour la SARL Galilée, celles de Me Garnier, substituant Me Charrel, pour la commune de Saint-Paul, ainsi que celles de Me Genton, substituant Me Guillot, pour la SAS Cambaie Développement.

Deux notes en délibéré présentées par la SAS Cambaie Développement ont été enregistrées les 1er et 17 décembre 2024, la dernière n'ayant pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 mars 2023, le maire de la commune de Saint-Paul a accordé à la société par actions simplifiée (SAS) Cambaie Développement un permis d'aménager un pôle d'activités économiques sur le secteur dit " B A " sur le territoire communal. Le 5 mai 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Galilée a formé un recours administratif à l'encontre de cet arrêté, recours rejeté par décision expresse du maire de Saint-Paul du 28 juin 2023. Par sa requête, la SARL Galilée demande au tribunal l'annulation de l'arrêté de délivrance du permis d'aménager ainsi que de la décision rejetant son recours administratif.

Sur la note en délibéré produite par la Sarl Galilée :

2. Lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction, d'un mémoire ou d'une note en délibéré émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant de rendre sa décision et de le ou la viser sans l'analyser. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans ce mémoire ou cette note en délibéré, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que s'il contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

3. Par une note en délibéré produite le 19 novembre 2024, soit plus de quatre mois après la clôture de l'instruction et le lendemain de l'audience publique du 18 novembre 2024, la SARL Galilée a produit de nouvelles pièces. Toutefois, la requérante était en mesure de faire état, avant la clôture de l'instruction et à plus forte raison avant l'audience, de la majorité des pièces nouvellement versées, et notamment celles qui intéressent directement la présente affaire. Ainsi, ces nouvelles pièces présentées après la clôture de l'instruction n'ont, en tout état de cause, pas à être examinées.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement () ". Aux termes de l'article R. 600-4 du même code : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante était titulaire d'un bail commercial signé en 2009, portant sur une des parcelles implantées sur le terrain d'assiette du projet en litige. Après reconduction de ce bail en 2018, le propriétaire du terrain lui a délivré congé le 27 février 2020, avec effet au 1er octobre 2020. Si la société Galilée fait valoir, dans son mémoire en réplique, qu'elle a fait délivrer à son bailleur une assignation aux fins d'annulation de ce congé, elle ne produit aucune pièce justificative de cet acte introductif d'instance ni aucune pièce afférente à la procédure prétendument pendante au fond devant le tribunal judiciaire. Au demeurant, la SARL Galilée ne démontre pas ni même n'allègue s'acquitter, depuis la délivrance du congé, d'une indemnité d'occupation. Dès lors, elle n'établit pas le caractère régulier de celle-ci. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée en défense et tirée de son défaut de qualité lui donnant un intérêt à agir doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Galilée doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SARL Galilée au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SARL Galilée une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Paul et par la SAS Cambaie, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Galilée est rejetée ;

Article 2 : La SARL Galilée versera à la commune de Saint-Paul une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La SARL Galilée versera à la SAS Cambaie une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Galilée, à la commune de Saint-Paul et à la société par actions simplifiée Cambaie Développement.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. DUVANEL

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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