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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301164

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301164

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a rejeté la requête de Mme B C A, ressortissante tanzanienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour et la décision verbale du préfet du 11 août 2023. Le tribunal a requalifié la demande en annulation de l'arrêté préfectoral du 7 juillet 2023, lequel lui refusait le titre de séjour, l'obligeait à quitter le territoire et prononçait une interdiction de retour. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence, de défaut de motivation et de méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité de la décision préfectorale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023, Mme B C A, représentée par Me Djafour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision verbale du 11 août 2023 par laquelle le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour et de renouveler son récépissé ;

2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré les 27 octobre 2023 et 2 avril 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C A, ressortissante tanzanienne née le 29 septembre 1995, est entrée à La Réunion le 18 janvier 2019 munie d'un visa de long séjour. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français dont la validité expirait le 12 janvier 2022. Elle soutient que le 11 août 2023 est née une décision verbale lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et de son récépissé. Par une décision du 7 juillet 2023, produite dans la présente instance par le préfet de La Réunion, celui-ci lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction d'y retourner pendant une durée d'un an. La requérante doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 1340 du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de La Réunion a donné à Mme Régine Pam, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l'effet de signer les arrêtés relevant des attributions de l'Etat à La Réunion, dont fait partie la décision portant " refus de titre de séjour " contenue dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi tant à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs qu'au juge de l'excès de pouvoir d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ".

5. Si Mme A soutient qu'elle n'a été destinataire d'aucune décision expresse lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 7 juillet 2023, qui lui a été régulièrement notifié, le préfet de La Réunion a refusé le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que son récépissé aurait dû être renouvelé, en application des dispositions citées au point précédent.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Et aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

7. Si Mme A, qui a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soutient avoir sollicité un changement de statut pour tenir compte de sa nouvelle situation matrimoniale en raison de sa procédure de divorce en cours d'instance, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'elle aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des ces dispositions.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée à La Réunion le 18 janvier 2019 munie d'un visa de long séjour en qualité de conjointe de français. Si elle a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité jusqu'au 12 janvier 2022, elle est séparée de son époux avec lequel elle est en instance de divorce et ne dispose désormais d'aucune attache familiale sur le territoire français. La seule production de trois témoignages de proches ne permet pas de démontrer une intégration personnelle suffisamment intense et stable. En outre, si elle se prévaut de son emploi dans un magasin de prêt-à-porter depuis le mois de novembre 2021 sous le couvert d'un contrat d'apprentissage, celui-ci a pris fin le 30 juin 2023, c'est-à-dire antérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, et ne suffit pas à démontrer une intégration professionnelle suffisamment intense et stable. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de La Réunion aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise, méconnaissant les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet de La Réunion n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 11 février 2025.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

Le président,

T. SORIN

La greffière,

C. JUSSY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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