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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301208

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301208

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 septembre 2023, 2 octobre 2023, 26 mars 2024 et 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d'ordonner avant dire droit au département de Mayotte de produire l'ensemble des comptes rendus dans leur version intégrale et non anonymisée des auditions réalisées auprès de sept agents dans le cadre de l'enquête administrative, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ;

2°) d'annuler la décision du 4 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de La Réunion de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ou subsidiairement, de se prononcer à nouveau sur sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner le département de La Réunion aux dépens et à la somme de 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le département de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à demander au juge administratif de faire usage de ses pouvoirs de jonction dès lors que de telles conclusions sont irrecevables par leur objet et irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné la communication des comptes rendus des auditions réalisées dans le cadre de l'enquête administrative, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser à l'administration des injonctions à titre principal, en dehors des cas prévus par les articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 24 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public ;

- et les observations de Mme C pour le département de La Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, attaché territorial affecté au département de La Réunion en qualité de responsable de la cellule foncière, a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle par courrier du 3 mars 2022 qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. Par une décision expresse du 4 avril 2023, le président du conseil départemental a rejeté la demande de protection fonctionnelle de M. B. Ce dernier a formé, le 25 mai 2023, un recours gracieux contre la décision du 4 avril 2023 qui a été implicitement rejeté par le président du conseil départemental. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 4 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes du 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre l'administration et ses agents. Le premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative dispose que " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. ".

3. Il résulte des dispositions qui viennent d'être rappelées qu'un requérant n'est pas recevable à contester une décision expresse confirmative d'une décision de rejet devenue définitive. Il en va différemment si la décision de rejet n'est pas devenue définitive, le requérant étant alors recevable à en demander l'annulation dès lors qu'il saisit le juge dans le délai de recours contre la décision expresse confirmant ce rejet. Il en va ainsi lorsque, par son comportement, l'administration a induit en erreur le requérant sur les conditions d'exercice de son droit au recours contre le refus qui lui a été initialement opposé.

4. Le département de la Réunion soutient que la requête de M. B est irrecevable dès lors que la décision explicite du 4 avril 2023 serait confirmative du refus implicite opposé le 5 mai 2022, devenu définitif en l'absence de recours administratif présenté à son encontre. Toutefois, il ressort de cette décision du 4 avril 2023 que, par courrier daté 25 avril 2022, le président du conseil départemental a informé M. B qu'il avait décidé de diligenter une enquête administrative avant de statuer sur sa demande de protection fonctionnelle et il ressort du rapport d'enquête que des auditions ont eu lieu les 28 juillet, 26, 27 et 28 septembre et 17 octobre 2022. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été expressément induit en erreur sur les délais d'instruction de sa demande par le département quant à l'existence même d'une décision implicite de rejet, alors par ailleurs que le refus explicite du 4 avril 2023 a implicitement mais nécessairement retiré le refus implicite initialement opposé. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département doit être écartée.

Sur la demande de protection fonctionnelle :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Les décisions par lesquelles l'administration refuse le bénéfice de la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, devenu l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique, doivent être motivées.

6. La décision attaquée, après avoir mentionné le courrier du 3 mars 2022 de demande de protection fonctionnelle de M. B faisant état d'éléments susceptibles d'être regardés comme des faits constitutifs de harcèlement moral, indique que l'enquête administrative diligentée au vu des sollicitations du requérant est terminée et qu'il n'en ressort aucun élément permettant d'accréditer l'existence d'un harcèlement ou d'un quelconque comportement condamnable à l'égard de l'intéressé. Si cette décision indique qu'il n'est pas réservé de suite favorable à la demande de protection fonctionnelle dès lors que les faits graves de harcèlement rapportés ne sont pas corroborés, elle n'indique pas les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision du 4 avril 2023 est entachée d'un défaut de motivation en droit et à en demander pour ce motif l'annulation.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2023 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux par lesquelles le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le motif d'annulation du présent jugement implique nécessairement que le département de La Réunion procède au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département, le versement à M. B d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 4 avril 2023 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux par lesquelles le président du conseil départemental de La Réunion a refusé d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au département de La Réunion de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

La présidente,

A. BLINLa greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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