mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301273 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 octobre 2023 et 26 avril 2024, M. B C, représenté par Me Bodin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2023 par lequel le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a prononcé sa radiation des cadres ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de procéder à sa réintégration avec toutes conséquences de droit et de carrière ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une consultation de la commission administrative paritaire académique ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur l'article L. 911-5 du code de l'éducation alors que la condamnation pénale prononcée à son encontre ne figure pas au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est disproportionnée ;
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,
- les observations de M. C.
Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 8 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C est professeur certifié de mathématiques, affecté au lycée Roland Garros du Tampon, dans l'académie de La Réunion, à compter du 1er septembre 2018. Par un arrêté du 12 juillet 2023, notifié le 9 août 2023, le ministre chargé de l'éducation nationale l'a radié des cadres. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° () les directeurs d'administration centrale () que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat () ".
3. Par décret du 22 décembre 2022 publié au journal officiel du 23 décembre 2022, M. A D a été nommé directeur général des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse, du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et du ministère des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques. En cette qualité, il était compétent pour signer, au nom du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, les décisions entrant dans le champ des actes délégués, soit l'ensemble des actes à l'exception des décrets, y compris l'arrêté litigieux du 12 juillet 2023, sans délégation particulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code précise que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. L'arrêté contesté vise les dispositions applicables de l'article L. 911-5 I, 1°du code de l'éducation ainsi que l'arrêt devenu définitif de la Cour d'appel de Mamoudzou ayant reconnu coupable M. C d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité et l'ayant condamné à une peine d'emprisonnement de six mois assortie d'un sursis total, ainsi que l'interdiction d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs pour une durée d'un an et a constaté son inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Il mentionne que les faits ayant conduit à la condamnation pénale du requérant sont constitutifs d'un comportement contraire aux bonnes mœurs et incompatibles avec le maintien de l'intéressé dans les fonctions d'enseignant. Ainsi, il comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 911-5 du code de l'éducation : " I.- Sont incapables de diriger un établissement d'enseignement du premier ou du second degré ou tout établissement de formation accueillant un public d'âge scolaire, qu'il soit public ou privé, ou d'y être employés, à quelque titre que ce soit : / 1° Ceux qui ont été définitivement condamnés par le juge pénal pour crime ou délit contraire à la probité et aux mœurs, y compris un crime ou un délit à caractère terroriste ; ().
7. La décision prise sur le fondement de l'article L. 911-5 du code de l'éducation ne constituant pas une sanction disciplinaire, M. C, qui par ailleurs a reçu l'intégralité de son dossier le 12 avril 2023 et qui a pu formuler des observations le 17 juin 2023, ne peut utilement invoquer les irrégularités dont cette décision serait entachée et qui résulteraient du défaut de mise en œuvre d'une procédure disciplinaire préalable et de l'absence de consultation du conseil de discipline.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un premier jugement du 17 mars 2021 rendu par le tribunal judiciaire de Mamoudzou, M. C a été reconnu coupable des faits d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction et condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans assortie d'un sursis probatoire de deux ans. Il a, en outre, été interdit d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs pour une durée de trois ans. Par un arrêt du 7 juillet 2022, la cour d'appel de Mamoudzou a confirmé ce jugement s'agissant de la culpabilité tout en l'infirmant sur les peines prononcées, en ramenant celle d'emprisonnement à six mois assortie d'un sursis total ainsi que celle d'interdiction d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs à une durée d'un an. Elle a également constaté l'inscription de l'intéressé au fichier judiciaire national des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS).
9. Si M. C soutient que l'administration a commis une erreur de droit en prononçant sa radiation des cadres sur le fondement de l'article L. 911-5 du code de l'éducation dès lors que la condamnation prononcée par la cour d'appel de Mamoudzou à son encontre ne figure pas au bulletin n° 2 de son casier judiciaire et qu'une inscription au FIJAIS n'est pas comparable à l'inscription au bulletin n° 2, d'une part, la décision attaquée se fonde sur la condamnation devenue définitive par l'arrêt du 7 juillet 2022 mais également sur l'interdiction d'exercer ainsi que l'inscription au FIJAIS, d'autre part, l'article L. 911-5 du code de l'éducation ne subordonne pas la radiation à l'existence d'une inscription de la condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire. Enfin, l'arrêt de la cour d'appel de Mamoudzou n'a pas ordonné que la condamnation ne soit pas inscrite au bulletin et il ressort du bulletin délivré le 24 octobre 2023 que cette inscription figure bien au bulletin n° 2 du casier judiciaire du requérant. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration a commis une erreur de droit.
10. En cinquième lieu, pour l'application des dispositions précitées au point 6, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, sous le contrôle du juge, si les faits ayant valu à une personne dirigeant un établissement d'enseignement du premier et du second degré ou de l'enseignement technique ou y étant employée une condamnation judiciaire pour crime ou délit sont contraires à la probité ou aux mœurs. Lorsque tel est le cas, l'incapacité qui résulte, en vertu des mêmes dispositions, de cette condamnation entraîne de plein droit la rupture du lien de l'agent avec son service.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C a, alors qu'il donnait un cours particulier à son domicile à une de ses élèves, âgée de dix-sept ans, profité de cette occasion " pour la caresser, pour la prendre dans ses bras et la toucher par-dessus ses vêtements en insistant sur ses parties intimes. Il lui demandait aussi de l'embrasser mais elle refusait. Il lui précisait enfin que tout ce qui se passait dans sa maison devait " rester dans sa maison " ". M. C a ainsi été reconnu coupable des faits d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction. Eu égard à la nature même de ces faits qui ont donné lieu à une condamnation à une peine de six mois d'emprisonnement assortie d'un sursis total ainsi que celle d'interdiction d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs à une durée d'un an, l'administration a pu, sans entacher son appréciation d'une erreur, estimer que ces faits sont contraires à la probité et aux mœurs et prononcer sa radiation des cadres de plein droit, dès lors que cette condamnation était devenue définitive. M. C ne saurait par ailleurs utilement soutenir que la décision litigieuse, laquelle ne constitue pas une sanction, revêt un caractère disproportionné.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2023 de radiation des cadres doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
L. LEBON
Le président,
T. SORIN
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026