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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301307

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301307

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2301307, le 16 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Belliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Belliard en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 14 septembre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A à l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2301308, le 16 octobre 2023, Mme D B épouse A, représentée par Me Belliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Belliard en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 14 septembre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,

- et les observations de Me Belliard représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A et Mme D B épouse A, ressortissants mauriciens, nés respectivement les 3 octobre 1979 et 5 juin 1985 à l'Île Maurice, ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par deux arrêtés du 4 août 2023, le préfet de La Réunion a refusé de leur délivrer le titre sollicité, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination. Par les présentes requêtes, les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2301307 et 2301308 présentent à juger des questions identiques et font l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions des requêtes :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En l'espèce, les requérants font valoir qu'ils résident à La Réunion depuis le mois de novembre 2016, qu'ils sont les parents de quatre enfants nés en 2003, 2008 et 2011 à l'Ile-Maurice et en 2018 à La Réunion, qu'ils sont insérés professionnellement dans la société française et que leur troisième enfant né en 2011 souffre d'un handicap. Toutefois, il résulte de ce qui précède que les requérants, compte tenu de leurs âges, ont vécu l'essentiel de leur vie à l'Ile-Maurice et que leurs trois enfants les plus âgés y sont nés. En outre, si leur enfant né en 2011 souffre d'un handicap et que son état de santé a justifié que leur soit délivrée une autorisation provisoire de séjour entre 2017 et 2022 en tant que parents accompagnants d'enfant malade, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé actuel justifierait une prise en charge à La Réunion. Enfin, si les requérants établissent avoir travaillé sur des courtes périodes ou à temps partiel, leurs insertions professionnelles n'est pas telle que le préfet aurait porté une atteinte à leur situation en prenant les arrêtés litigieux. Par suite, la situation des requérants ne fait pas obstacle à ce qu'ils poursuivent leur vie privée et familiale dans leur pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut être qu'écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de La Réunion du 4 août 2013. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice qu'ils présentent doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2301307 et 2301308 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, Mme D B épouse A et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Felsenheld, premier conseiller,

Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

R. FELSENHELD Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

2,

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