vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Belliard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Belliard en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 14 septembre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,
- et les observations de Me Belliard représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant mauricien, né le 23 septembre 2003 à l'Ile-Maurice, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 4 août 2023, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il réside à La Réunion avec sa famille depuis le mois de novembre 2016, qu'il y a suivi sa scolarité et qu'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les parents de M. A sont également en situation irrégulière sur le territoire français, dès lors qu'ils ont fait l'objet de refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire par des arrêtés du 4 août 2023. En outre, s'il ressort également des pièces du dossier que M. A a suivi une scolarité à La Réunion à partir de l'année scolaire 2017/2018 et qu'il y a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " conducteur d'engins " en 2021, il ne justifie pas d'une activité professionnelle postérieurement à l'obtention de son diplôme en lien avec ses études. Au demeurant, s'il produit un contrat de travail à durée indéterminée, non signé, daté de mai 2023 en qualité de coiffeur, il ne justifie d'aucun revenu du travail en lien avec ce contrat. Enfin, il ne justifie ni même n'allègue être dépourvu d'attaches à l'Ile-Maurice. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations et les dispositions citées au paragraphe précédent.
4. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut être qu'écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 4 août 2013. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice qu'il présente doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
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