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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301326

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301326

samedi 15 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL ALI-MAGAMOOTOO-YEN PON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Ali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à Me Ali en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle retient à tort qu'il a présenté une demande de titre de séjour mention " salarié ".

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- en tout état de cause, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une décision du 18 août 2023 le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,

- et les observations de Me Djafour représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité comorienne né le 19 décembre 2001 aux Comores, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 29 juin 2023, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, comportant une décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été notifié à M. A le 4 juillet 2023. Le 1er août 2023, M. A a saisi le bureau d'aide juridictionnelle d'une demande d'aide juridictionnelle. Cette demande, présentée dans le délai de recours contentieux, a eu pour effet d'interrompre ce délai. S'il ressort des mentions de la décision du bureau d'aide juridictionnelle que ce dernier a pris sa décision le 18 août 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision ait été notifiée à M. A plus de trente jours avant l'enregistrement de sa requête le 19 octobre 2023. Par suite, la requête n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense doit être écartée.

Sur le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire de La Réunion en août 2015 à l'âge de 13 ans. Il a été scolarisé jusqu'à l'âge de 16 ans. A compter de l'année 2018, il a intégré le club du Saint-Denis Olympique Volley Ball. Au cours des années 2021 et 2022, M. A a obtenu plusieurs certificats délivrés par la Fédération française de Volley-Ball notamment ceux d'animateur et d'éducateur. A la date l'arrêté attaqué, il jouait et entraînait au sein de son club. Il arbitrait également des rencontres de volley-ball dans le cadre du championnat de la ligue réunionnaise. A l'instance, il justifie d'une promesse d'embauche de son club pour poursuivre son activité d'entraîneur et occuper des fonctions d'encadrement. En outre, il produit de très nombreuses attestations justifiant d'une insertion particulièrement intense dans la société française. Ainsi, compte tenu de l'ancienneté de séjour de M. A à La Réunion, de son jeune âge à son arrivée sur le territoire, de son insertion particulière dans la société française et de ses perspectives professionnelles qui lui permettront de subvenir à ses besoins, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 29 juin 2023.

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de La Réunion de délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de justice :

8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ali renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de La Réunion du 29 juin 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de La Réunion de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ali une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ali et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Felsenheld, premier conseiller,

Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024.

Le rapporteur,

R. FELSENHELD Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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