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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301364

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301364

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantAVOCATS ET CONSEILS REUNION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, l'association pour le développement respectueux de La Montagne (ADRMONTAGNE 97417), représentée par Me Benoiton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel la maire de la commune de Saint-Denis a délivré à la société en nom collectif (SNC) IP1R un permis l'autorisant à construire 65 logements sur la parcelle cadastrée BZ 639 située 35 route des Palmiers au lieu-dit " La Montagne " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de forme, dès lors que le formulaire CERFA n'a pas été signé par le pétitionnaire, ce qui n'a pas permis à la commune de vérifier qu'il avait qualité pour demander le permis de construire ;

- il a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la délégation est insuffisamment précise ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'il ne vise pas tous les avis obligatoires qui devaient être recueillis ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'avis du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) n'a pas été sollicité pour vérifier l'existence de moyens suffisants en eau nécessaires à la lutte contre l'incendie, en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme et les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) relatives aux caractéristiques des accès et voiries, dès lors que l'unique voie de desserte du projet est insuffisante pour desservir 65 logements ;

- l'implantation des bâtiments méconnaît le règlement du plan local d'urbanisme, dès lors, d'une part, que les bâtiments A et B ne sont pas éloignés l'un de l'autre par une distance de plus de 6 mètres, et, d'autre part, que les bâtiments situés du côté de la route des Palmiers ne sont pas suffisamment espacés ;

- le projet litigieux n'est pas conforme à l'emplacement réservé n°129 destiné à permettre l'élargissement de la route des Palmiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Chane Meng Hime, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l'Association pour le développement respectueux de La Montagne 97417 le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté litigieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, la société en nom collectif (SNC) IP1R, représentée par Me Baillon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l'Association pour le développement respectueux de La Montagne 97417 le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté litigieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Benoiton, représentant l'ADRMONTAGNE 97417 ;

- et les observations de Me Chane Meng Hime, représentant la commune de Saint-Denis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 avril 2023, la maire de la commune de Saint-Denis a accordé à la société en nom collectif (SNC) IP1R un permis l'autorisant à construire 65 logements sur la parcelle cadastrée BZ 639 située 35 route des Palmiers au lieu-dit " La Montagne ". Par la présente requête, l'association pour le développement respectueux de La Montagne (ADRMONTAGNE 97417) demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire a été signée par M. B A, représentant légal de la société pétitionnaire. En signant ce formulaire, le représentant a ainsi attesté qu'il avait qualité pour demander le permis litigieux. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature doit être écarté.

3. En deuxième lieu, par un arrêté du 22 juillet 2020, transmis au préfet de La Réunion le jour même, la maire de la commune de Saint-Denis a délégué à M. C D, onzième adjoint au maire, le soin de signer tous les actes relatifs à l'aménagement et à l'urbanisme, dont les permis de construire font partie. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette délégation n'est pas trop générale. Il n'est ni établi, ni même soutenu que cet arrêté n'aurait pas été affiché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que le permis litigieux ne viserait pas tous les avis qui devaient être obligatoirement recueillis sur le projet qu'il autorise, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité du permis. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du permis doit être écarté.

5. En quatrième lieu, si l'association requérante fait valoir que le permis litigieux a été pris à la suite d'une procédure irrégulière, dès lors que le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) n'a pas été consulté, elle ne se prévaut d'aucun texte faisant obligation au service instructeur de consulter le SDIS, l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'ayant pas pour objet d'imposer la consultation obligatoire de ce service. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le SDIS a été consulté et a rendu un avis favorable au projet. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " () / Toutefois : / les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. / () ". Il résulte de ces dispositions que la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article R. 111-5 à l'encontre du permis de construire litigieux.

7. D'autre part, aux termes de l'article Uj 3 " Conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Denis : " Il sera fait application des prescriptions mentionnées aux " Dispositions générales, paragraphe IX. Desserte et accès ". Aux termes de l'article IX. Dessertes et accès de ce même règlement : " Les accès et voiries doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences : / de la sécurité des usagers, / de la défense contre l'incendie et de l'utilisation des moyens de secours, / - liées à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions. / Il n'est autorisé, dans une voie de desserte publique ou privée, qu'un seul accès à double sens, ou deux accès à sens unique, à chaque construction. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet comporte deux accès, dont un est situé chemin des Bauhémias et l'autre rue Jean-Jacques Boitier, tous deux raccordés à la route des Palmiers, unique voie de desserte du projet. Si la requérante soutient que cette unique voie d'accès est dangereuse et insuffisante pour permettre de desservir 65 logements, elle n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations, alors qu'il ressort au contraire des pièces du dossier que cette route départementale, à double sens, présente une largeur suffisante, et que le projet a fait l'objet d'un avis favorable du service départemental d'incendie et de secours. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de la voie de desserte du projet doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article Uj8 " Implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété " du règlement du plan local d'urbanisme : " Deux bâtiments non contigus, implantés sur une même propriété, devront respecter entre eux, une distance L supérieure ou égale à la moyenne des hauteurs des façades en vis-à-vis et/ou des niveaux droits en vis-à-vis avec un minimum de 4m : / 4m = L = H+h /2 avec / - H : hauteur de la façade la plus haute et/ou du niveau droit le plus haut, / - h : hauteur de la façade la plus petite et/ou du niveau droit le plus petit. ". Le lexique du plan local d'urbanisme de Saint-Denis définit la contiguïté au sens élargi par la " présence de deux bâtiments formant un ensemble fonctionnel unique ", et représente à cet effet deux bâtiments reliés par une passerelle et une entrée commune.

10. D'une part, en se bornant à soutenir que la distance entre les bâtiments A et B ne respecte pas la distance minimale de 6 mètres imposée par le règlement du plan local d'urbanisme, la requérante, qui ne se prévaut de la méconnaissance d'aucune disposition précise et qui ne donne aucun élément quant au calcul retenu pour aboutir à cette distance de 6 mètres, n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer que la requérante ait entendu se prévaloir de la méconnaissance de l'article Uj8 précité, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse et du plan de coupe des façades, que les bâtiments A et B sont, en tout état de cause, séparés par une distance supérieure à 6 mètres.

11. D'autre part, à supposer également que la requérante ait entendu se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de ce même article Uj8 s'agissant de l'espacement entre les bâtiments donnant sur la route des Palmiers, il ressort des pièces du dossier que les deux sous-ensembles composant le bâtiment A sont reliés par une coursive. Dès lors, ils doivent être regardés, au sens de la définition du plan local d'urbanisme de Saint-Denis précitée, comme constituant un ensemble fonctionnel unique, et non comme des bâtiments non-contigus. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que l'implantation du bâtiment A méconnaîtrait l'article Uj8.

12. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative chargée de délivrer le permis de construire est tenue de refuser toute demande, même émanant de la personne bénéficiaire de la réserve, dont l'objet ne serait pas conforme à la destination de l'emplacement réservé, tant qu'aucune modification du plan local d'urbanisme emportant changement de la destination n'est intervenue. En revanche, un permis de construire portant à la fois sur l'opération en vue de laquelle l'emplacement a été réservé et sur un autre projet peut être légalement délivré, dès lors que ce dernier projet est compatible avec la destination assignée à l'emplacement réservé.

13. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice descriptive ainsi que des différents plans, qu'une bande de recul de deux mètres a été prévue entre la route des Palmiers et le projet afin de tenir compte de l'emplacement réservé n°129. Par suite, le moyen relatif à la non-conformité du projet à l'emplacement réservé n°129 doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir relative à l'intérêt à agir, que les conclusions à fin d'annulation du permis de construire délivré le 24 avril 2023 à la SNC IP1R doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Denis qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

16. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'association pour le développement respectueux de La Montagne le versement de la somme de 750 euros à la commune de Saint-Denis, et de la somme de 750 euros à la SNC IP1R, au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association pour le développement respectueux de La Montagne (ADRMONTAGNE 97417) est rejetée.

Article 2 : L'association pour le développement respectueux de La Montagne versera à la commune de Saint-Denis une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'association pour le développement respectueux de La Montagne versera à la SNC IP1R une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour le développement respectueux de La Montagne (ADRMONTAGNE 97417), à la commune de Saint-Denis et à la société en nom collectif IP1R.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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