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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301401

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301401

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2023 et le 31 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Wandrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de La Réunion lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de trois mois et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreurs de droit au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que le préfet a considéré à tort que sa mère et son frère ne constituaient pas une " cellule familiale ", et qu'il a considéré à tort qu'elle s'était maintenue en situation irrégulière jusqu'à sa majorité puis pendant deux ans à partir de ses 18 ans ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en refusant de déroger à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1, le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation particulière ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- et les observations de Me Rabearison, substituant Me Wandrey, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante mauricienne née le 9 juillet 2003 à Maurice, est entrée en France le 9 août 2019 sous couvert d'un visa accordé aux ressortissants mauriciens pour les séjours de moins de trois mois. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 6 septembre 2023 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2023, le préfet de La Réunion a refusé de le lui délivrer et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté du 4 septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet de La Réunion a donné délégation à M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture de La Réunion, à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant des attributions de l'Etat à La Réunion à l'exception d'un certain nombre d'actes dont ne font pas partie les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il est constant que Mme A est entrée à La Réunion à l'âge de seize ans, et qu'elle y réside depuis lors avec sa mère et son frère, tous deux en situation régulière. La requérante fait également valoir qu'elle est scolarisée depuis la classe de seconde à La Réunion, et qu'elle est actuellement inscrite en première année de licence économie-gestion. Toutefois, la présence de la requérante, entrée en août 2019, était récente à la date de la décision litigieuse. En outre, Mme A, âgée de 20 ans, ne justifie pas de la nécessité pour elle de résider auprès de sa mère et de son frère. Si elle fait valoir que son père et ses grands-parents sont décédés, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches à Maurice, où elle a vécu la majorité de sa vie. La circonstance que le préfet ait indiqué à tort que sa mère et son frère ne constituaient pas une " cellule familiale " est sans influence sur la légalité de l'arrêté, compte-tenu des éléments qui viennent d'être exposés. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée sous couvert d'un visa trois mois, s'est maintenue en France irrégulièrement et a attendu le mois de septembre 2023 pour déposer une demande de titre de séjour. Si Mme A fait valoir en particulier qu'elle a obtenu un document de circulation pour étrangers mineurs en avril 2021, et qu'on lui a refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour lorsqu'elle s'est rendue en préfecture l'année de ses 18 ans, ces faits, qui sont contestés par le préfet, ne sont pas établis par les pièces du dossier. Dans ces conditions, eu égard en particulier au caractère récent de son séjour, les moyens tirés des erreurs de droit et d'appréciation au regard des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " suppose de justifier d'un visa long séjour, d'une inscription dans un établissement d'enseignement et de ressources suffisantes. A défaut, le préfet, en vertu de son pouvoir gracieux de régularisation, peut délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant au demandeur qui ne peut présenter un visa de long séjour pour des cas très particuliers et en tenant compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études.

7. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A est entrée régulièrement en France, elle ne dispose pas du visa long séjour nécessaire en principe pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". S'il ressort des pièces du dossier qu'elle a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'elle s'est ensuite maintenue irrégulièrement en France et qu'elle ne bénéficiait d'une ancienneté de présence en France que de quatre ans à la date de la décision litigieuse. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas de circonstances particulières l'ayant empêchée de présenter un visa de long séjour. Dans ces conditions, en ne faisant pas usage de la faculté, qu'il a examinée d'office, de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de La Réunion n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les moyens soulevés par Mme A contre la décision de refus de titre de séjour ne sont pas fondés. Dès lors, l'intéressée n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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