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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2301519

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2301519

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2301519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Belliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen dès lors que sa situation n'a pas été examinée au regard des dispositions du décret du 19 novembre 2020 concernant l'entrée, le séjour, l'activité professionnelle et les droits sociaux des ressortissants étrangers bénéficiaires de l'accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et notamment son article 12 ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2020-1417 du 19 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,

- et les observations de Me Sunar substituant Me Belliard représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante britannique, née le 28 décembre 1984 au Royaume-Uni, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 20 octobre 2023, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, il n'est pas contesté par Mme A que le 17 août 2021 elle a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du décret du 19 novembre 2020 pris en application de l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, que cette demande a été rejetée, qu'elle n'a pas contesté ce refus et que le 9 août 2022 elle présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur l'unique fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de La Réunion a entaché son arrêté d'un défaut d'examen de sa situation en n'examinant pas sa demande au regard des dispositions du décret du 19 novembre 2020.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En l'espèce, Mme A fait valoir qu'elle réside à La Réunion depuis l'année 2016, qu'elle vit maritalement avec un ressortissant français et qu'elle a travaillé en qualité d'enseignante, ainsi qu'en tant que garde d'enfants. Toutefois, pour rejeter la demande de Mme A, le préfet a relevé dans son arrêté que l'attestation de communauté de vie produite à l'appui de sa demande de titre de séjour avait été établie par fraude. Pour ce faire, le préfet s'est fondé sur le témoignage du ressortissant français concerné qui aurait déclaré ne pas vivre avec Mme A et avoir signé une reconnaissance de communauté de vie dans le but de l'aider à obtenir son titre de séjour. Ainsi, dans ces conditions, elle n'établit pas, par la simple production de photographies, résider avec la personne qu'elle présente comme son compagnon à la date de la décision litigieuse. En outre, contrairement à ce qu'elle soutient, Mme A ne peut justifier d'une présence à La Réunion avant l'année 2018. Enfin, si elle justifie avoir travaillé en qualité d'enseignante de langue anglaise, ainsi qu'en tant que garde d'enfants, cette circonstance ne peut suffire, compte tenu de la fraude précédemment constatée, comme démontrant l'existence d'une insertion particulière dans la société française. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que les dispositions et les stipulations précitées auraient été méconnues.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 20 octobre 2023. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Felsenheld, premier conseiller,

Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le rapporteur,

R. FELSENHELD Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au Préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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