samedi 29 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2301390, enregistrée le 31 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Wandrey, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de La Réunion lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale et doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale et doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2023.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 novembre 2023 et le 14 avril 2024 sous le n° 2301524, M. B A, représenté par Me Wandrey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2023 clôturant sa demande de titre de séjour " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ; l'auteur de cette décision n'est pas identifié et la décision n'a pas été signée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la décision du 9 novembre 2023 doit être regardée comme un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour ne présentant pas le caractère d'une décision faisant grief, sa demande de titre de séjour étant, d'une part, abusive et dilatoire, et, d'autre part, incomplète ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- et les observations de Me Wandrey, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 14 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant comorien né le 6 octobre 1997 aux Comores, est entré en France le 2 octobre 2020. Il a obtenu un titre de séjour " étudiant ", régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2023 et dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 6 octobre 2023, le préfet de La Réunion a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le 31 octobre 2023, il a sollicité, via le téléservice " ANEF ", la délivrance d'un titre de séjour " passeport-talent " sur le fondement de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 9 novembre 2023, il a été indiqué à M. A que sa demande en ligne de titre de séjour était clôturée, dès lors qu'il avait fait l'objet d'un refus de titre de séjour étudiant et d'une obligation de quitter le territoire le 6 octobre 2023 et que sa demande en ligne ne comportait aucun nouvel élément de nature à remettre en cause le bien-fondé de la mesure d'éloignement. Par deux requêtes, enregistrées sous les n°s 2301390 et 2301524, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2023 ainsi que de la décision du 9 novembre 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2301390 et 2301524 présentent à juger à titre principal de la légalité de décisions prises à l'encontre d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la requête n° 2301390 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit en troisième année de licence de droit en 2020-2021, à l'issue de laquelle il a été ajourné avec une moyenne de 4,588/20. Il s'est réorienté en première année de licence de " sciences et techniques des activités physiques et sportives " (STAPS) en 2021-2022, à l'issue de laquelle il a également été ajourné avec une moyenne de 6,173/20. Inscrit pour la deuxième année consécutive dans la même licence 1 en 2022-2023, il a de nouveau été ajourné avec une moyenne de 7,599/20. Si M. A fait valoir qu'il possède le statut d'étudiant sportif de haut niveau universitaire catégorie B, qu'il est régulièrement sélectionné par l'équipe nationale comorienne de volley-ball depuis 2015, qu'il est un joueur majeur de l'équipe TAMPON GECKO VOLLEY et qu'il a validé six crédits supplémentaires en 2022-2023, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a obtenu aucun diplôme en trois ans et qu'il est toujours en première année d'études supérieures. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen soulevé par M. A contre la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " n'est pas fondé. Dès lors, M. A n'est pas davantage fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
7. M. A est entré en France le 2 octobre 2020, où il a suivi des études. Il ressort des pièces du dossier qu'il possède le statut d'étudiant sportif de haut niveau universitaire catégorie B et qu'il est régulièrement sélectionné pour participer aux championnats internationaux et régionaux de volley-ball. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté litigieux qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de La Réunion, en prononçant à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, du seul fait qu'il n'établit pas avoir de liens avec la France, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :
9. L'annulation de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a interdit le retour en France à M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur la requête n° 2301524 :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée :
10. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents. ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". Aux termes de l'article R. 431-12 dudit code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ". Enfin, l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile exige, s'agissant des premières demandes présentées sur le fondement de l'article L. 421-21, de fournir un visa de long séjour ou un titre de séjour en cours de validité.
11. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
12. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont la renommée nationale ou internationale est établie ou susceptible de participer de façon significative et durable au développement économique, à l'aménagement du territoire ou au rayonnement de la France et qui vient y exercer une activité dans un domaine scientifique, littéraire, artistique, artisanal, intellectuel, éducatif ou sportif se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte permet l'exercice de toute activité professionnelle. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-4 dudit code : " Lorsque l'autorité diplomatique ou consulaire a délivré le visa de long séjour prévu au 2° de l'article L. 411-1 conférant à son titulaire les droits attachés à la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " prévue aux articles L. 421-9 ou L. 421-16 à L. 421-21, à la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " ou " passeport talent-chercheur-programme de mobilité " prévue à l'article L. 421-14, à la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " prévue aux articles L. 421-22 ou L. 421-24, à la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT " prévue à l'article L. 421-26, à la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché mobile ICT (famille) " prévue à l'article L. 421-28 ou à la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant-programme de mobilité " prévue à l'article L. 422-6, le préfet délivre la carte de séjour pluriannuelle correspondante. ".
13. Le préfet de La Réunion fait valoir que la décision de clôture de la demande de titre de séjour a été prise aux motifs, d'une part, que la demande présentait un caractère abusif ou dilatoire, et, d'autre part, qu'elle présentait un caractère incomplet, en l'absence de production d'un visa long séjour. Il résulte des dispositions précitées que la fourniture d'un visa ou d'un titre de séjour en cours de validité est une condition nécessaire pour pouvoir prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-21. En se bornant à soutenir qu'il est entré en France en 2020 muni d'un visa long séjour portant la mention " études ", M. A n'indique pas avoir fourni un visa long séjour ou un titre de séjour en cours de validité à l'appui de sa demande de titre de séjour mention " passeport talent " et ne conteste pas les allégations du préfet selon lesquelles il aurait fourni un dossier incomplet. Dès lors, il y a lieu de considérer que le refus d'enregistrement de sa demande de titre sur le fondement de l'article L. 421-21, pris la base d'un dossier de demande incomplet, n'a pas le caractère d'une décision faisant grief susceptible d'être contestée par la voie du recours pour excès de pouvoir.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2301524 doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de La Réunion du 6 octobre 2023 est annulé en tant qu'il interdit à M. A le retour en France pour une durée d'un an.
Article 2 : La requête n° 2301524 est rejetée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2301390 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
N° 2301390 - 2301524
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026