mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301536 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Hatoum, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de La Réunion lui a retiré son son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- le courrier l'invitant à présenter des observations ne lui a pas été adressé à l'adresse où il réside ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- en tout état de cause, aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,
- et les observations de Me Hatoum représentant M. A.
Le rapport de M. Felsenheld a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de La Réunion a retiré le titre de séjour mention " vie privée et familiale " de M. B A, ressortissant mauricien né le 28 mai 1999 à l'Île Maurice, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à son encontre. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département du même jour, Mme Pam, secrétaire générale de la préfecture, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer toute décision relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines mesures restrictivement énumérées, dont ne font pas partie les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions manque en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui vise notamment les articles L. 423-1, L. 423-5 et L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne en outre que M. A ne réside plus avec sa conjointe française. Par suite, la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont assorties des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente. "
5. En l'espèce, il est constant que M. A, qui soutient avoir quitté le domicile conjugal le 20 février 2023, n'a pas informé le préfet de La Réunion de son changement d'adresse. Bien que les dispositions précitées laissent à l'étranger, titulaire d'un titre de séjour de plus d'un an, qui change de lieu de résidence, un délai de trois mois pour déclarer son changement d'adresse, il était loisible à M. A de faire suivre son courrier ou de prendre toute mesure de nature à lui permettre d'y accéder. En tout état de cause, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que, informé de la volonté du préfet de La Réunion de procéder au retrait de son titre de séjour, il aurait été en mesure de faire part d'éléments pertinents de nature à influer sur le sens de la décision à venir du préfet. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside à La Réunion depuis l'année 2018 et qu'il y travaille depuis lors dans la restauration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A ne vit plus avec sa conjointe française depuis le mois de février 2023. Ainsi, l'intéressé est, à la date de la décision litigieuse, célibataire et sans enfant. Il ne se prévaut d'aucune autre attache personnelle ou familiale à La Réunion. Il ne justifie ni même n'allègue être dépourvu d'attaches à l'Île Maurice, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations précitées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 7 juillet 2023. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au Préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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