mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2301597 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Ali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les articles L. 233-1, R. 233-1 et R. 233-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision méconnaît l'article 27 de la directive 2004/38/CE.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Romain Felsenheld, premier conseiller,
- et les observations de Me Ali représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant polonais né le 20 février 1984 en Afrique du Sud, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de citoyen de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 novembre 2023, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui vise notamment l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A ne justifie pas exercer une activité professionnelle en France et disposer des ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Par suite, la décision de refus de séjour est assortie des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Les moyens doivent, par suite, être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". Aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / () ". Les dispositions du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assurent la transposition en droit interne de la directive n° 2004/38/CE, doivent être interprétées à la lumière du droit de l'Union européenne, et plus particulièrement de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative à la notion de " travailleur " au sens de l'article 39 du traité instituant la Communauté européenne, devenu l'article 45 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. S'agissant du 1°, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, doit être regardé comme travailleur, au sens du droit de l'Union européenne, toute personne qui exerce une activité réelle et effective, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le président d'une société par actions simplifiée dénommée " I.A. - Intelligence de l'Autisme ", immatriculée depuis le 9 novembre 2023 au registre du commerce et des sociétés, dont l'objet est notamment la conception et la fabrication d'appareils d'éclairage électrique et de production de lumière, ainsi que de traitement, de filtration et d'épuration des liquides. Toutefois, en se bornant à produire à l'instance un document intitulé " plan d'affaire ", au demeurant rédigé par le requérant lui-même, ainsi que les statuts, le registre des bénéficiaires effectifs et l'extrait Kbis de sa société, le requérant ne justifie pas que celle-ci aurait une activité réelle et effective, de telle sorte qu'il ne démontre pas exercer une activité professionnelle en France. En outre, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il disposerait des ressources suffisantes pour lui et les membres de sa famille afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions précitées.
5. En dernier lieu, M. A, qui ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour en France, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 233-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux citoyens de l'Union européenne qui ont établi leur résidence habituelle en France depuis au moins cinq ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être qu'écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "
7. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que le préfet de La Réunion pouvait légalement obliger M. A à quitter le territoire français en application du 1° de l'article L. 251-1 précité. Au demeurant, M. A ne se prévaut d'aucune circonstance relative à sa situation qui ferait obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Enfin, en tout état de cause, la mesure d'éloignement n'ayant pas été prononcée pour des motifs relatifs à l'ordre public, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations qu'il invoque.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de La Réunion du 9 novembre 2023. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et de frais de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
M. Felsenheld, premier conseiller,
Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le rapporteur,
R. FELSENHELD Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au Préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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