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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400103

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400103

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier 2024 et 25 juillet 2024, M. B A, représenté par la SCP Saïdji et Moreau, agissant par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire du Tampon n° 2437 du 4 décembre 2023 lui attribuant l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) au coefficient 1,85 pour la période du 1er mai 2015 au 31 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du maire du Tampon n° 2436 du 4 décembre 2023 lui attribuant l'indemnité d'exercice de missions de préfecture (IEMP) au coefficient 0,3 pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au maire du Tampon de réexaminer sa situation au regard de ses droits à l'IAT pour la période du 1er mai 2015 au 31 décembre 2021 et de ses droits à l'IEMP pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Tampon une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le coefficient de 1,85 retenu pour le versement de l'IAT est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa valeur professionnelle, des responsabilités exercées et de la reconnaissance de sa manière de servir ; il est injustifié et disproportionné au regard du coefficient maximal de 8 qui a été accordé à d'autres agents ayant un grade inférieur, révélant une rupture d'égalité à son détriment ;

- le coefficient de 0,3 retenu pour le versement de l'IEMP procède d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 2 du décret du 26 décembre 1997, et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des responsabilités exercées et de la reconnaissance de sa manière de servir.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, la commune du Tampon, représentée par la SELAS Seban Auvergne, agissant par Me Cafarelli et par Me Lantero, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 2 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 97-1223 du 26 décembre 1997 ;

- le décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blin, présidente,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Diot substituant Me Cafarelli et Me Lantero , représentant la commune du Tampon, M. A n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent de maîtrise territorial, exerce ses fonctions auprès de la commune du Tampon depuis le 1er septembre 2015. Par jugement du 4 mai 2020, le tribunal a annulé la décision du maire du Tampon ayant implicitement refusé, en 2018, d'attribuer à l'intéressé l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) à compter du 1er septembre 2015. Par deux arrêtés en date du 28 avril 2021, le maire a, d'une part, régularisé la situation de M. A en lui accordant l'IAT au coefficient de 1,68 pour la période du 1er septembre 2015 au 30 avril 2021 et, d'autre part, attribué l'IAT applicable à la période du 1er mai 2021 au 31 décembre 2021 sur la base de ce même coefficient de 1,68. Le recours gracieux formé par l'intéressé contre ces deux arrêtés a été implicitement rejeté le 10 août 2021. M. A a par ailleurs demandé à son employeur, par lettre du 29 mai 2021, de lui attribuer l'indemnité d'exercice de missions des préfecture (IEMP) avec effet rétroactif au 1er septembre 2015. Cette demande a également fait l'objet d'un rejet implicite. Par un jugement du 6 novembre 2023, le tribunal a annulé les arrêtés du 28 avril 2021 ainsi que la décision implicite de refus de versement de l'IEMP, et a enjoint à la commune de réexaminer la situation de M. A à l'égard des versements d'IAT qui lui sont dus à compter du 1er septembre 2015 et des versements d'IEMP auxquels il peut prétendre à compter du 1er janvier 2017. En exécution de ce jugement, le maire du Tampon a pris, le 4 décembre 2023, deux arrêtés attribuant à M. A, pour la période du 1er mai 2015 au 31 décembre 2021, l'IAT au coefficient de 1,85, et pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021, l'IEMP au coefficient de 0,3. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du maire du Tampon du 4 décembre 2023.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement () ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents () ". Aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " () le conseil d'administration d'un établissement public local fixe les régimes indemnitaires dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " () le conseil d'administration de l'établissement fixe () la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire. ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité d'administration et de technicité : " Il est institué dans les administrations centrales de l'Etat, les services déconcentrés en dépendant et les établissements publics à caractère administratif de l'Etat une indemnité d'administration et de technicité dans les conditions et suivant les modalités fixées par le présent décret. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le montant moyen de l'indemnité mentionnée à l'article 1er du présent décret est calculé par application à un montant de référence annuel, fixé par catégorie d'agents, d'un coefficient multiplicateur compris entre 1 et 8. ". Par ailleurs, le décret du 26 décembre 1997, abrogé au 1er janvier 2017, a créé une indemnité d'exercice de missions des préfectures. Aux termes de l'article 1er de ce décret : " Une indemnité d'exercice est attribuée aux fonctionnaires des filières administrative, technique et sociale qui participent aux missions des préfectures dans lesquelles ils sont affectés. ".

4. En application des dispositions de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984, le conseil municipal de la commune du Tampon a adopté le 27 décembre 2010 une délibération rendant applicable aux fonctionnaires de la commune, notamment à ceux relevant de la filière technique, l'IAT instituée par le décret du 14 janvier 2002, affectée d'un coefficient de modulation allant de 0 à 8 en fonction de la valeur professionnelle, des responsabilités exercées et de la manière de servir des agents. Cette délibération a également prévu l'attribution aux agents de la commune, de l'IEMP, créée par le décret du 26 décembre 1997, avec un coefficient de modulation allant de 0 à 3 en fonction des responsabilités exercées et de la manière de servir.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de sa fiche de poste établie en 2016, que M. A exerce des fonctions de technicien du spectacle vivant au sein de la direction animation de la commune. Il a été désigné responsable du service de la sonorisation à compter du 24 octobre 2016 et a été chargé à ce titre de la gestion quantitative et qualitative des matériels, de la qualité du son sur le territoire communal et de la formation du personnel jusqu'en septembre 2020, par suite de son changement d'affectation au sein de la direction de la culture et de l'animation sur des fonctions de technicien bâtiments-réseaux. M. A a alors été chargé de missions de soutien au responsable des bâtiments pour le suivi technique des bâtiments du réseau de lecture publique, ainsi que de gestionnaire du parc informatique et télécommunications du réseau de lecture publique et référent technique des logiciels, missions ne comportant pas de tâches d'encadrement. S'agissant de sa manière de servir, il ressort des comptes-rendus des entretiens professionnels établis au titre des années 2015 à 2021, que celui-ci donne entière satisfaction sur l'ensemble de la période au regard de la réalisation des objectifs assignés. L'appréciation de la valeur professionnelle de M. A, dont les critères relatifs aux compétences professionnelles ont été qualifiées de " très bon ", tandis que les qualités relationnelles et l'efficacité dans l'emploi ont été qualifiées de " bon " au titre de l'année 2015, a été revalorisée au fil des années. Ainsi, au titre de l'année 2021, trois critères ont été considérés comme " satisfaisant ", six autres comme " très satisfaisant " et les deux derniers comme " exceptionnel ". La commune, qui indique ne pas remettre en cause les qualités professionnelles de M. A, n'établit pas, en toute hypothèse, que le coefficient de 1,85 résulterait des limites de l'enveloppe budgétaire globale affectée au versement de cette prime. Dans ces conditions, en attribuant au requérant l'IAT au taux de 1,85 alors que la délibération précitée lui permettait de moduler le montant de cette indemnité sur une échelle de 0 à 8, la commune de Tampon a commis une erreur manifeste d'appréciation. De même, au regard en particulier de la manière de servir de l'intéressé, en lui attribuant l'IEMP au taux de 0,3 alors que la délibération précitée lui permettait de moduler le montant de cette indemnité sur une échelle de 0 à 3, la commune de Tampon a commis une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que M. A est fondé à demander l'annulation des arrêtés des 4 décembre 2023 du maire du Tampon.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement implique que la commune du Tampon procède à un réexamen de la situation de M. A à l'égard des versements d'IAT qui lui sont dus au titre de la période allant du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2021, et des versements d'IEMP qui lui sont dus à compter du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune du Tampon une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les arrêtés du maire du Tampon n° 2436 et 2437 du 4 décembre 2023 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune du Tampon de réexaminer dans un délai d'un mois la situation de M. A à l'égard des versements d'IAT qui lui sont dus du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2021, et d'IEMP du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021.

Article 3 : La commune du Tampon versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Tampon.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Blin, présidente,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La présidente-rapporteure

A. BLIN

L'assesseur le plus ancien,

X. MONLAÜ

Le greffier,

F. IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2400103

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