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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400128

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400128

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationR222-13 (JU 3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 février et le 7 mai 2024, M. A B, représenté par Me Goulamy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis conduire malgache contre un permis de conduire français ;

2°) de condamner l'Etat et notamment le préfet de la Loire-Atlantique à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des dommages et intérêts en raison du préjudice qu'il a subi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de permis demandé ;

4°) d'enjoindre à ce même préfet de produire l'acte d'accord de réciprocité entre la France et Madagascar en matière d'échange de permis de conduire et l'acte de dénonciation diplomatique de l'accord de réciprocité ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- ses conclusions indemnitaires sont recevables ;

- le préfet a engagé sa responsabilité en raison de son manque de diligence dans l'enregistrement de sa demande d'échange de permis de conduire ;

- la décision de refus d'échange de son permis de conduire méconnaît le principe de sécurité juridique ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 2.1.3 de la circulaire du 3 août 2012 relative à la mise en œuvre de l'arrêté du 12 janvier 2012 en ce que le préfet ne pouvait lui opposer, à la date de la naissance de la décision attaquée, l'absence d'accord de réciprocité entre la France et Madagascar dès lors que sa demande initiale est datée du 30 mars 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en raison du défaut de liaison du contentieux ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, pour statuer seul sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Bauzerand, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis conduire malgache contre un permis de conduire français et, d'autre part, de condamner l'Etat et notamment le préfet de la Loire-Atlantique à lui verser la somme de 5 000 euros en raison du préjudice qu'il estime avoir subi.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B a saisi le préfet de la Loire-Atlantique d'une demande indemnitaire tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait du refus d'échange de permis de conduire opposé par le préfet. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et de rejeter les conclusions indemnitaires de la requête de M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'alinéa 2 de l'article R. 222-1 du code de la route : " () Dans le cas où ce permis a été délivré en échange d'un permis de conduire d'un Etat n'appartenant pas à l'Union européenne ou à l'Espace économique européen et avec lequel la France n'a pas conclu d'accord de réciprocité en ce domaine, il n'est reconnu que pendant un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale en France de son titulaire. ". Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes :/ A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ". Il résulte également de la liste des États et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, en vertu d'accords bilatéraux et de pratiques réciproques d'échange des permis de conduire, prévue par l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé et mise à jour le 9 décembre 2021, que Madagascar n'y figure plus.

5. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 4.

6. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt.

7. Si M. B soutient que la décision de refus d'échange de son permis de conduire méconnaît les dispositions de l'article 2.1.3 de la circulaire du 3 août 2012 relative à la mise en œuvre de l'arrêté du 12 janvier 2012, il ressort des termes de cette circulaire que l'autorité administrative doit apprécier la demande d'échange de permis à la date de réception de cette demande dans le cas d'un nouvel accord d'échange conclut par l'Etat français. S'il est constant qu'il existait un accord de réciprocité entre la France et la République de Madagascar pour procéder aux échanges de permis de conduire, il a été mis fin à cet accord à compter du 1er avril 2020. Ainsi, et au regard des termes de la circulaire qui s'appliquent, au demeurant, dans le cadre d'un nouvel accord, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors qu'aucun nouvel accord n'est intervenu entre la France et la République de Madagascar.

8. Par ailleurs, et comme dit au point précédemment, la seule circonstance, pour regrettable qu'elle soit que, M. B, ait entamé des démarches antérieurement au changement de l'état du droit n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée du 11 juillet 2023 qui pouvait légalement se fonder, à la date de sa naissance, sur l'absence d'accord de réciprocité entre la France et la République de Madagascar. Le moyen pourra être écarté.

9. Enfin, en se bornant à soutenir que la décision de refus d'échange de son permis de conduire méconnaît le principe de sécurité juridique, M. B présente un moyen qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et qui doit, ainsi, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions à fin d'annulation, que ces conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux dépens de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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