jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL GERY SCHWARTZ SCHAEPMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 26 février 2024, Mme H B, M. A K, M. F E, Mme G J épouse E, M. I C et Mme L M épouse C demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la commune de Saint-Denis d'entreprendre sans délai les études nécessaires à une analyse comparative de solutions techniques pour rétablir un accès véhicule à leurs domiciles, soit par le rétablissement du chemin existant, soit par la création d'une nouvelle voie d'accès sur des parcelles privées et de saisir, pour ce faire, sans délai, un bureau d'études, conformément aux recommandations du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), sous astreinte de 500 euros par jour de retard dans les deux jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'enjoindre à la même commune de finaliser des études comparatives sous quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à cette commune d'effectuer les travaux nécessaires au rétablissement et à la praticabilité d'un chemin sécurisé pour les véhicules permettant de rejoindre leurs propriétés, conformément à ce qui aura été préconisé par le bureau d'études saisi et d'entretenir le chemin afin de prévenir d'autres glissements de terrain ;
4°) d'enjoindre à la commune, pendant le temps de la réalisation de ces études et travaux, de créer un chemin provisoire praticable et sécurisé pour les véhicules pour leur permettre d'accéder à leurs propriétés, dans un délai de 48 heures, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) de désigner M. N en tant qu'expert afin qu'il puisse établir les causes de l'effondrement du chemin avant la réalisation des travaux à venir ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune n'a pas saisi de bureau d'études pour lancer une étude comparative de solutions techniques pour désenclaver les cinq habitations ou rétablir le chemin existant et n'a pris, de fait, aucune décision administrative ;
- la privation de tout accès à leurs domiciles caractérise une situation d'urgence particulière ;
- les mesures d'urgence préconisées n'ont pas été mises en œuvre et les mesures sollicitées sont toutes utiles à la protection de leurs intérêts, de telle sorte que la condition d'utilité ne saurait être discutée ;
- il est important qu'ils puissent faire établir les causes de l'effondrement du chemin avant la réalisation des travaux de désenclavement et c'est pourquoi il importe de désigner un expert pour permettre à la juridiction de statuer sur l'imputabilité des désordres, les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, la commune de Saint-Denis, représentée par Me de Géry, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne saurait être caractérisée, sachant qu'elle a entrepris immédiatement la recherche de solutions en incluant les requérants dans cette démarche. Et en travaillant en mairie avec des ingénieurs et des juristes ;
- plusieurs hypothèses ont déjà été échafaudées et elle a fait preuve d'un véritable engagement pour la recherche de mesures utiles ;
- le requête se prête à des contestations sérieuses tenant à la contradiction intrinsèque qui affecte les demandes formulées par les requérants ;
Vu
- l'ordonnance n°2400123 du juge des référés du 1er février 2024 désignant M. N comme expert ;
- le rapport d'expertise en date du 17 février 2024 déposé au greffe le22 février 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la propriété des personnes publiques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Bauzerand, vice-président, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 février 2024 à 14 heures 30 tenue en présence de Mme Baloukjy, greffière d'audience :
- le rapport de M. Bauzerand, juge des référés ;
- les observations de Me Doulouma, représentant les requérants, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me de Géry, représentant la commune de Saint-Denis, qui conclut aux mêmes fins que ses précédents mémoires, par les mêmes moyens et ajoute que la commune n'a eu de cesse, depuis le dépôt du rapport de l'expert N, de saisir le bureau d'études Géolithes et d'envisager toutes les solutions possibles pour permettre eux requérants d'accéder de nouveau à leurs propriétés avec leurs véhicules.
La clôture de l'instruction a été reportée au lundi 4 mars à 17h00, puis au 6 mars à 12 heures en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Par deux nouveaux mémoires, enregistrés les 1er et 4 mars 2024, la commune de Saint-Denis, représentée par Me de Géry, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- deux études ont été lancées depuis le 13 février 2024 et un bon de commande a été adressé à la société GEOLITHE pour un diagnostic et une étude de conception géotechnique ; la remise du rapport est prévue le 15 mars.
Par deux nouveaux mémoires, enregistrés les 1er et 4 mars 2024, Mme B et les autres requérants, représentés par Me Doulouma, concluent aux mêmes fins que leur requête, par les mêmes moyens et demandent également :
-à ce qu'il soit enjoint à la commune de Saint-Denis d'entreprendre sans délai les études nécessaires à une analyse comparative de solutions techniques pour désenclaver et donc rétablir un accès carrossable ;
-à ce que ces études soient finalisées à bref délai ;
- d'enjoindre à la commune la remise d'un calendrier prévisionnel des travaux et des démarches qui seront effectuées à la suite de la remise du rapport GEOLITHE ;
-de prescrire aux consorts D d'autoriser la commune et toutes sociétés mandatées par elles à aménager sur les parcelles cadastrées CR n°563 et 37 de ces derniers un chemin d'accès provisoire et de ne pas faire obstacle à l'usage de cette desserte provisoire par eux-mêmes à compter de l'ordonnance à intervenir jusqu'au rétablissement de l'accès routier ainsi que la remise en état de leurs propriétés.
Considérant ce qui suit :
1. Un évènement cyclonique de forte intensité dénommé Belal a frappé La Réunion du dimanche 14 janvier 2024 au mardi 16 janvier à midi. A l'issue de ce violent épisode météorologique, le chemin reliant le chemin des Niaoulis au chemin Alfred Mazérieux s'est en partie effondré rendant impossible tout accès aux parcelles cadastrées CR 505, CR 510, CR 220 et CR 509 appartenant respectivement à Mme H B, à M. A K, à M.et Mme F E et à M. et Mme I C. Sur demande de la commune de Saint-Denis, le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) s'est rendu sur les lieux dès le 17 janvier 2024 pour établir un premier diagnostic des risques. A la suite du rapport du BRGM, par arrêté du 19 janvier 2024, le maire de Saint-Denis a notamment décidé d'interdire la circulation des véhicules à quatre roues sur le chemin des Niaoulis et de mettre en place une signalétique et des barrières pour assurer la circulation des piétons. Un nouvel arrêté a été pris le 26 janvier pour interdire la circulation des véhicules à quatre roues du chemin des Niaoulis aux parcelles appartenant aux requérants. L'avis d'un expert a été sollicité par la commune pour conforter le rapport du BRGM et celui-ci, après s'être déplacé sur les lieux, a remis son rapport le 29 janvier 2024. Par une première requête en date du 1er février 2004, la commune de Saint-Denis a demandé au juge des référés du tribunal de céans désigner un expert en vue d'examiner les désordres et les risques affectant les parcelles et de dresser constat des désordres. L'expert judiciaire désigné a déposé son rapport le 17 février 2024.
2. Par la présente requête, Mme B, M. K, les époux E et C demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, premièrement, d'ordonner à la commune de Saint-Denis d'entreprendre sans délai les études nécessaires à une analyse comparative de solutions techniques pour rétablir un accès véhicule à leurs domiciles, et de saisir, pour ce faire, sans délai, un bureau d'études, deuxièmement, d'enjoindre à la commune de finaliser les études comparatives sous quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, troisièmement, d'enjoindre à la commune d'effectuer les travaux nécessaires au rétablissement et à la praticabilité d'un chemin sécurisé pour les véhicules permettant de rejoindre leurs propriétés et d'entretenir le chemin afin de prévenir d'autres glissements de terrain, quatrièmement, d'enjoindre à la commune de créer dans l'attente un chemin provisoire praticable et sécurisé pour les véhicules pour leur permettre d'accéder à leurs propriétés et, enfin, de désigner M. N en tant qu'expert afin qu'il puisse établir les causes de l'effondrement du chemin avant la réalisation des travaux à venir.
Sur les conclusions tendant à la prescription d'études et à la réalisation de travaux :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative " ; et qu'aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".
4. Il résulte des dispositions précitées que les mesures ordonnées par le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code justice administrative, doivent être utiles au litige, conservatoires et, provisoires. Sont conservatoires les mesures destinées à faire échec ou mettre un terme aux dangers immédiats présentés par l'état de l'immeuble. L'importance et le coût prévisible des mesures ne sauraient suffire à leur dénier un caractère provisoire ;
5. Il résulte de l'instruction, notamment des observations de la commune à l'audience confirmées par ses mémoires ultérieurs, que, dès la fin de l'épisode cyclonique, la commune de Saint-Denis a très rapidement, ainsi qu'il a été dit supra, diligenter le BRGM et un expert afin d'analyser les conséquences des intempéries et de prévoir des solutions à court et moyen terme pour rétablir l'accès aux propriétés desservies par le chemin. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que la commune de Saint-Denis a commandé au bureau d'études GEOLITHE le 13 février 2024 un diagnostic et à un géomètre-expert le 15 février une étude géotechnique avec une date de remise des travaux prévue le 15 mars. Enfin, la commune justifie avoir entrepris d'échafauder avec le concours de ses services techniques cinq hypothèses pour rétablir un accès aux propriétés sachant que l'accès des piétons par le chemin existant reste à l'heure actuelle toujours possible.
6. Il suit de là que l'utilité d'enjoindre à la commune de Saint-Denis d'entreprendre les études nécessaires à une analyse comparative, d'effectuer les travaux indispensables au rétablissement et à la praticabilité d'un chemin sécurisé pour les véhicules leur permettant d'accéder à leurs propriétés n'est pas établie, dès lors que, d'une part, le terrain n'est pas totalement enclavé, puisqu'il résulte de l'instruction qu'il est déjà desservi par un cheminement piéton et que, d'autre part, la commune établit que les études et travaux nécessaires pour permettre de rétablir un accès carrossable ont été lancées très rapidement avec un calendrier de réalisation serré. La circonstance que la communication entre les services municipaux et les requérants ne soit pas optimale, compte tenu du litige qui les oppose par ailleurs sur la domanialité du chemin devant le juge judiciaire, ou que ces derniers suggèrent d'autres solutions, ne peut être utilement soulevée en revanche dans le cadre du présent litige. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions de Mme B et des autres requérants relatives aux études et aux travaux à entreprendre.
Sur les autres conclusions de la requête :
7. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, les mesures ordonnées par le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code justice administrative, doivent être utiles au litige, conservatoires et, provisoires. Il suit de là que les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune d'entretenir le chemin permettant d'accéder aux propriétés des requérants afin de prévenir d'autres glissements de terrain, ne peuvent être accueillies et doivent être rejetées.
8. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent, les conclusions de la requête tendant à la désignation de M. N en tant qu'expert afin qu'il puisse établir les causes de l'effondrement du chemin avant la réalisation des travaux à venir ne peuvent être également accueillies. En tout état de cause, il n'appartient pas au juge des référés " mesures utiles " d'ordonner une nouvelle expertise dans un dossier qui en compte déjà trois, laquelle, au-delà de son caractère manifestement frustratoire, n'aurait pour seul objet que de permettre aux requérants d'engager une nouvelle procédure contentieuse en responsabilité devant les juges du fond.
Sur les frais du litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " ;
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Denis, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Denis tendant à l'application des dispositions de cet article.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B, M. K, M. et Mme E et M. et Mme C est rejetée
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Denis sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H B, première dénommée de la requête et à la commune de Saint-Denis.
Fait à Saint-Denis, le 14 mars 2024.
Le juge des référés,
Ch. BAUZERAND
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026