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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400216

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400216

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 19 et 20 février 2024, Mme B, représentée par Me Ali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 2 juillet 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller ;

- les observations de Me Ali pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malgache née le 22 mai 1947 à Madagascar, est entrée en France le 17 novembre 2015 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, en qualité d'accompagnante de son époux malade. Elle a par la suite bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " visiteur ". Le 5 juillet 2022, Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 3 janvier 2024, le préfet de La Réunion a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui vise notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que Mme A est arrivée sur le territoire de La Réunion en novembre 2015 munie d'un visa court séjour afin d'accompagner son époux, nécessitant alors des soins et décédé en 2016, qu'un titre de séjour " visiteur " lui a été accordé, afin de rester auprès de son père, alors âgé de 92 ans. La décision reprend ensuite les arguments dont s'est prévalu la requérante dans sa demande de renouvellement du titre de séjour. Par suite, la décision de refus de séjour est assortie des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A. Les moyens doivent, par suite, être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. En l'espèce, la requérante fait valoir qu'elle est entrée à La Réunion le 17 novembre 2015 afin d'accompagner son mari, affecté d'une maladie ne pouvant être prise en charge à Madagascar, et décédé en 2016, qu'elle y réside depuis, dans la maison de son père, ressortissant britannique lui-même décédé en 2022. Elle indique également que, en dépit des décès successifs de son époux puis de son père, elle est à ce jour financièrement soutenue par le neveu de son défunt époux, résidant à La Réunion, et que son propre frère est de nationalité française. Elle ajoute enfin que son entourage amical est essentiellement composé de ressortissants français et qu'elle présente pour sa part plusieurs pathologies nécessitant des suivis spécialisés réguliers sur l'île de La Réunion.

5. Mme A, en sus de tous les éléments rappelés au point précédent, ajoute qu'elle maîtrise la langue française. Cependant, les pièces versées au dossier ne permettent pas d'établir qu'elle aurait tissé en France des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité, qu'elle y ferait preuve d'une intégration particulière ou qu'elle ne disposerait plus d'attaches à Madagascar, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 68 ans. Mme A fait aussi valoir son état de santé et démontre être suivie médicalement par un généraliste et un cardiologue à la clinique de Sainte-Clotilde, pour " plusieurs pathologies chroniques qui nécessitent des suivis spécialisés réguliers à La Réunion ". Mais les documents transmis n'établissent pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale indisponible dans son pays d'origine. Il lui appartient, en tout état de cause, si elle s'y croit fondée, de déposer une demande de titre de séjour pour raison de santé sur fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, présidente,

M. Duvanel, premier conseiller,

Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. DUVANEL Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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