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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400299

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400299

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMAGINOT JEAN-PHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et mémoire complémentaire, enregistrés les 4 et 27 mars 2024, la commune de Sainte-Rose, représentée par Me Dugoujon, demande au juge des référés :

1°) de liquider à son profit l'astreinte fixée par l'ordonnance n°2201463 du 24 mars 2023 ;

2°) de porter le montant de l'astreinte en cas de non-exécution de cette ordonnance à la somme 500 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la SARL B et de Mme C B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le délai de trois mois n'a pas été respecté par les défenderesses ;

- à la date du 1er mars 2024, l'astreinte encourue était de 25 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, la SARL B et Mme C B épouse A, représentées par Me Maginot, concluent au rejet de la requête, à la suppression de l'astreinte provisoire prononcée par l'ordonnance du 24 mars 2023 dans l'attente du versement de l'indemnité due par la commune pour l'expropriation des parcelles cadastrées AL 900 et AL 902 sises chemin de la Marine à Sainte-Rose et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la commune de Sainte-Rose au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- la demande de liquidation de l'astreinte est irrecevable faute d'avoir été enregistrée dans la même instance que l'ordonnance à laquelle elle se rapporte ;

- la date de notification de l'ordonnance du 24 mars 2023 ne ressort d'aucune pièce du dossier ;

- elles se trouvent dans l'impossibilité de cesser l'exploitation du commerce en litige sans lesquelles elles se trouveraient sans emploi et sans revenu ;

- il n'y a aucune raison objective de majorer le taux de l'astreinte.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°2201463 en date du 24 mars 2023 du juge des référés du tribunal administratif de La Réunion.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Bauzerand, vice-président, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 mars 2024 à 14h30, tenue en présence de Mme Poinambalom greffière d'audience :

- le rapport de M. Bauzerand, juge des référés ;

- les observations de Me Dugoujon, représentant la commune de Sainte-Rose, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Laffitte, substituant Me Maginot, représentant Mme B et la SARL B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance en date du 24 mars 2023, rendue dans l'instance n°2201463 opposant la commune de Sainte-Rose à la société à responsabilité limitée (SARL) B et à Mme C B, le juge des référés du tribunal de céans, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, après avoir constaté l'urgence de la situation de la requérante, a ordonné à la SARL B et à Mme B de libérer les parcelles cadastrées AL 322 et AL 899, sises chemin de la Marine à Sainte-Rose, sur lesquelles elles exploitent un commerce de restauration rapide, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de la somme de 100 euros par jour de retard au-delà de ce délai. A l'occasion de la présente requête, la commune de Sainte-Rose sollicite du juge des référés qu'il procède à la liquidation provisoire de l'astreinte qu'il a prononcée à l'encontre de Mme B et de la société B par l'ordonnance du 24 mars 2023.

Sur les conclusions tendant à la liquidation de l'astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. " et aux termes de l'article R. 921-7 du même code : " Lorsqu'à la date d'effet de l'astreinte prononcée par le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel, cette juridiction constate, d'office ou sur la saisine de la partie intéressée, que les mesures d'exécution qu'elle avait prescrites n'ont pas été prises, elle procède à la liquidation de l'astreinte dans les conditions prévues aux articles L. 911-6 à L. 911-8. / Lorsqu'il est procédé à la liquidation de l'astreinte, copie du jugement ou de l'arrêt prononçant l'astreinte et de la décision qui la liquide est adressée au ministère public près la Cour de discipline budgétaire et financière ". Selon l'article L. 911-8 dudit code : " La juridiction peut décider qu'une part de l'astreinte ne sera pas versée au requérant ". Aux termes de l'article R. 522-13 alinéa 1er du même code : " L'ordonnance prend effet à partir du jour où la partie qui doit s'y conformer en reçoit notification. ".

4. La liquidation de l'astreinte à laquelle procède le juge des référés se rattache à la même instance contentieuse que celle qui a été ouverte par la demande d'astreinte dont elle est le prolongement procédural. Dès lors, il appartient au juge des référés qui, par la même ordonnance prise sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut procéder à cette liquidation soit d'office, soit à la demande d'une autre partie s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées. Le juge de l'exécution, saisi aux fins de liquidation d'une astreinte précédemment prononcée, peut la modérer ou la supprimer, même en cas d'inexécution constatée, compte tenu notamment des diligences accomplies en vue de procéder à l'exécution de la chose jugée. Les voies de recours ouvertes contre les ordonnances du juge des référés prononçant la liquidation d'une astreinte qu'il a lui-même prononcée sont celles ouvertes contre les ordonnances prononçant l'astreinte.

5. Il résulte de l'instruction que l'ordonnance précitée en date du 24 mars 2023, rendue dans l'instance n°2201463 par le juge des référés près le tribunal de céans, a été notifiée le même jour par courrier recommandé par le greffe à Mme B et à la société B qui en ont accusé réception le 28 mars 2023. La circonstance que les défenderesses n'aient pas reçu la notification par voie de commissaire de justice est, par suite, sans incidence et doit être écartée.

6. D'une part, il résulte également de l'instruction et il n'est pas contesté que Mme B et la société B exploitent toujours leur commerce sur les parcelles qu'elles devaient libérer. Dès lors, celles-ci ne sauraient être regardées comme ayant, à cette date, procédé ou ayant eu l'intention de procéder à l'exécution des prescriptions de l'ordonnance n°2201463 du 24 mars 2023. En outre, les intéressées n'allèguent ni ne justifient d'aucune circonstance quelconque qui aurait pu constituer un obstacle ou un empêchement à cette exécution. D'autre part, la seule circonstance que la procédure d'expropriation concernant deux autres parcelles limitrophes appartenant à M. A serait toujours pendante devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis qui devrait statuer en juin est sans incidence sur le présent litige. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la liquidation de l'astreinte pour la période du 24 juin 2023 au 11 avril 2024, date de la présente ordonnance. Ainsi, sur la base de 100 euros par jour et d'une période de 266 jours, l'astreinte mise à la charge de Mme B et de la société B doit être fixée à la somme de 26 600 euros.

7. Il y a lieu de préciser que, indépendamment du risque d'une expulsion effective avec le concours de la force publique, Mme B et la société B demeurent exposées, au cas où elles prolongeraient leur maintien abusif sur le domaine public, à une nouvelle liquidation de l'astreinte de 100 euros par jour de retard à laquelle elles demeurent soumises en vertu de l'ordonnance du 24 mars 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu toutefois de faire droit à la demande de la commune de Sainte-Rose de porter le montant de cette astreinte à la somme de 500 euros par jour de retard

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Rose, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par les requérantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu, sur le même fondement, de mettre à la charge de Mme B et de la société B une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Sainte-Rose.

ORDONNE :

Article 1er : La SARL B et Mme B sont condamnées à verser à la commune de Sainte-Rose une somme de 26 600 euros en liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance de référé n°2201463 du 24 mars 2023.

Article 2 : La SARL B et Mme B verseront à la commune de Sainte-Rose la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la commune de Sainte-Rose est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la SARL B et Mme B, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Sainte-Rose, à Mme C B épouse A et à la SARL B.

Fait à Saint-Denis, le 11 avril 2024

Le juge des référés,

Ch. BAUZERAND

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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