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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400363

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400363

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAGIER CHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mars et 4 avril 2024, l'association One Voice, représentée par Me Karjania, demande au tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension des effets de l'article 2 de l'arrêté n° 2024-446/SG/SCOPP/BCPE du 15 mars 2024 par lequel le préfet de La Réunion a fixé les périodes d'ouverture et de fermeture de la chasse au tangue dans le département de La Réunion pour la saison cynégétique 2024 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir, dès lors que, depuis le 5 janvier 2019, elle dispose de l'agrément au titre de la protection de l'environnement à l'échelle nationale prévu par l'article L. 142-1 du code de l'environnement et que la chasse au tangue présente un rapport direct avec son objet social ;

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que l'arrêté querellé préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux à savoir :

- l'incompétence du signataire de l'acte ;

- la méconnaissance du principe de non-rétroactivité ;

- le défaut de base légale au motif que la modification du schéma départemental de gestion cynégétique n'était pas entré en vigueur ;

- la violation de la période de chasse et l'erreur de droit concernant les articles R. 424-4 et suivants du code de l'environnement au motif que la chasse au tangue autorisée par l'arrêté attaqué ne peut se fonder sur l'article R. 424-12 lequel concerne exclusivement la chasse à tir ;

- l'illégalité par voie d'exception de l'article R. 424-12 du même code ;

- l'illégalité pour méconnaissance de l'article L. 424-10 du code de l'environnement ;

- la méconnaissance des modes de chasse autorisés par l'article L. 424-4 du code de l'environnement ;

- la méconnaissance des principes de précaution et de prélèvement raisonnable ;

- le défaut d'impartialité du préfet ;

- l'irrégularité de la consultation ;

- l'insuffisance et l'absence de sincérité et de clarté de la note de présentation ;

- l'irrégularité de l'avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) ;

- la méconnaissance du délai de quatre jours avant l'édiction de l'arrêté.

Par un mémoire en intervention enregistré le 3 avril 2024, la fédération départementale des chasseurs de La Réunion, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir de la requérante en l'absence de conséquences dommageables pour l'environnement ;

- elle est irrecevable en raison de la vocation nationale de la requérante ;

- elle est irrecevable en raison de l'imprécision de son objet social ;

- elle est irrecevable en raison du fait que le tangue n'est pas une espèce menacée ;

- elle est irrecevable eu égard à la carence de la requérante ;

- il n'y a aucune urgence à statuer en raison de la prochaine fermeture de la période de chasse ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté querellé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les éléments présentés ne sont pas de nature à caractériser une situation d'urgence suffisamment grave et immédiate aux intérêts en présence ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté querellé.

Vu :

- la requête enregistrée le 19 mars 2024 sous le n° 2400364 tendant à l'annulation de la décision dont il est demandé la suspension des effets dans le cadre de la présente instance ;

- la charte constitutionnelle de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 4 avril 2024 à 14 heures 30, Mme B étant greffière d'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Karjania, pour l'association requérante, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de de Mme A pour le préfet de La Réunion qui reprend ses écritures en défense ;

- et les observations de Me Antoine, substituant Me Lagier, pour la fédération départementale des chasseurs de La Réunion qui reprend ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 2024-446/SG/SCOPP/BCPE du 15 mars 2024, le préfet de La Réunion a fixé les périodes d'ouverture et de fermeture de la chasse au tangue ou hérisson malgache (tenrec ecaudatus) dans le département de la Réunion pour la saison cynégétique 2024. Dans le cadre de la présente instance, l'association One Voice demande au tribunal la suspension de cet arrêté, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur l'intervention de la Fédération départementale des chasseurs de La Réunion :

2. La Fédération départementale des chasseurs de La Réunion justifie d'un intérêt suffisant au maintien des dispositions litigieuses. Par suite, son intervention est recevable.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

4. Aucun des moyens invoqués par l'association One Voice, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.

5. Il y a lieu, en conséquence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, de rejeter les conclusions de la requête de l'association One Voice à fin de suspension.

Sur les frais relatifs au litige :

6.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'association One Voice réclame au titre des frais liés au litige

ORDONNE :

Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de La Réunion est admise.

Article 2 : La requête de l'association One Voice est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association One Voice, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la fédération départementale des chasseurs de La Réunion.

Copie en sera adressée au préfet de la Réunion.

Fait à Saint-Denis, le 5 avril 2024.

Le juge des référés,

Ch. BAUZERAND

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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