lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 mars 2024 et le 31 juillet 2024, M. E D, représenté par Me Belliard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de La Réunion lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- le motif tiré de ce qu'il ne justifierait pas de son identité est erroné ;
- elles méconnaissent les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant et que l'existence d'une communauté de vie avec la mère de l'enfant n'est pas une condition pour la délivrance de ce titre de séjour ;
- la fraude n'est pas établie ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- et les observations de Me Sunar, substituant Me Belliard, représentant M. D, ainsi que les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant malgache né le 3 octobre 1996 à Madagascar, est entré en France en 2019 muni d'un visa court séjour. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 février 2024, le préfet de La Réunion a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement rendu le 7 mars 2022, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Saint-Denis de La Réunion a constaté l'exercice conjoint de l'autorité parentale sur l'enfant mineur A par le père et la mère, a fixé la résidence de l'enfant au domicile de la mère, a accordé à M. D un droit de visite et d'hébergement les fins de semaines paires, du vendredi soir 18h au dimanche soir 18h, ainsi que la première moitié des vacances scolaires les années paires et la seconde moitié les années impaires et a dispensé M. D du versement d'une pension alimentaire compte tenu de son impécuniosité. Si le requérant fait valoir qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant et produit à l'appui de ses allégations une attestation de la mère de son enfant, cette attestation, très peu circonstanciée quant à la fréquence des visites de M. D et à son investissement dans l'éducation de leur fils, ne permet pas d'établir qu'il rendrait régulièrement visite à son fils, au moins selon le dispositif du droit de visite résultant de la décision du juge aux affaires familiales. Les autres pièces produites, constituées par quelques factures et tickets de caisse, essentiellement pour des produits alimentaires, quatre virements instantanés à la mère de l'enfant dont deux sont postérieurs à la décision litigieuse, ainsi que des photographies non datées, ne permettent pas non plus d'établir la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de l'enfant au moins selon le dispositif prévu par le jugement du juge aux affaires familiales. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de La Réunion a pu estimer que M. D n'établissait pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans.
4. Si le préfet a cru utile, pour refuser le titre de séjour litigieux et obliger l'intéressé à quitter le territoire français, d'ajouter que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil et avait reconnu l'enfant A dans le seul but de pouvoir obtenir un titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré de l'absence de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Ainsi, il n'y a pas lieu d'examiner la pertinence du raisonnement et des motifs énoncés par le préfet à titre surabondant. Par suite, M. D ne peut utilement soutenir que le motif tiré de ce qu'il ne justifierait pas de son identité est erroné et que la fraude n'est pas établie.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2019 alors qu'il était marié avec Mme B, ressortissante malgache. Il a ensuite reconnu l'enfant A en 2021, dont Mme C, ressortissante française, est la mère. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que l'intéressé n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Par ailleurs, il est constant qu'il n'entretient aucune communauté de vie avec Mme C. S'il se prévaut de la présence de sa tante à La Réunion, chez qui il réside, il n'établit ni l'intensité de ses liens avec elle, ni la nécessité pour lui de résider auprès d'elle. Enfin, il ne se prévaut d'aucune autre attache familiale ou personnelle à La Réunion et ne justifie pas d'une insertion professionnelle ni d'une insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant les décisions litigieuses, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les moyens soulevés par M. D contre la décision de refus de titre de séjour ne sont pas fondés. Dès lors, M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Duvanel, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND Le greffier,
F. IDMONT
La République mande et ordonne au préfet de la Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026