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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400581

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400581

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. D B, représenté par Me Sunar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2024 par lequel le préfet de La Réunion lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- et les observations de Me Sunar, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant mauricien né le 25 juin 1986 à Maurice, est entré en France le 1er juin 2019 muni d'un visa long séjour en qualité de visiteur. Il a obtenu un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23, renouvelé jusqu'au 2 août 2023 et dont il a de nouveau sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 6 mars 2024, le préfet de La Réunion a refusé sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré à La Réunion le 1er juin 2019 muni d'un visa long séjour. En raison du pacte civil de solidarité (PACS) qu'il avait conclu avec un ressortissant français le 20 mars 2019, il s'est vu délivrer des titres de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le dernier expirait le 2 août 2023. Ce PACS a été dissous le 31 mars 2023. Si M. B fait valoir qu'il est désormais en concubinage depuis septembre 2023 avec un autre ressortissant français, M. C, il produit une attestation d'hébergement indiquant qu'il réside chez un certain M. A. Ainsi, les pièces produites ne permettent pas d'établir l'existence d'une communauté de vie avec M. C. Par ailleurs, s'il produit plusieurs attestations d'amis résidant à La Réunion, il ressort des motifs de l'arrêté litigieux, non contestés sur ce point, que l'intéressé a déclaré que l'ensemble de sa famille résidait à Maurice. Enfin, si M. B justifie avoir occupé plusieurs emplois entre 2021 et 2024 en qualité de serveur et de vendeur, cette seule circonstance ne révèle pas une insertion professionnelle telle que le refus de titre de séjour porterait atteinte à ses droits. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la circonstance que la décision litigieuse indique à tort que le contrat de travail à durée déterminée en qualité de vendeur a été signé le 1er juin 2023 sans autorisation de travail est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, eu-égard au caractère récent de la nouvelle relation dont il se prévaut, à l'absence d'autres liens familiaux en France et en dépit des éléments d'insertion par le travail qu'il apporte, M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre litigieux méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il suit de là que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les moyens soulevés par M. B contre la décision de refus de titre de séjour ne sont pas fondés. Dès lors, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.

7. Il suit de là que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. M. B est entré régulièrement en France le 1er juin 2019, où il a séjourné régulièrement jusqu'en 2024. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni qu'il représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de La Réunion, en prononçant à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mars 2024 en tant qu'il lui interdit le retour en France pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'annulation de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a interdit le retour en France à M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de l'intéressé tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil de M. B de la somme demandée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de La Réunion du 6 mars 2024 est annulé en tant qu'il interdit à M. B le retour en France pendant une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERANDLe greffier,

F. IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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