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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2400646

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2400646

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2400646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mai, 7 et 11 juin 2024, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Pharmacie de l'ancre, représentée par Mme A C, en qualité de pharmacienne titulaire de ladite société et par la SELARL Sapone-Blaesi, avocats, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter l'intervention volontaire de la société Grande pharmacie du Port, subsidiairement sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 36/ARS/2024 du 12 février 2024 du directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) de La Réunion portant retrait de l'arrêté n° 367/ARS/2023 du 12 octobre 2023 par lequel il lui a délivré une autorisation de transfert de l'officine de pharmacie actuellement implantée au 26 rue François de Mahy vers un local sis 2 rue Boris Vian, sur le territoire de la commune du Port ;

3°) de mettre à la charge de l'ARS une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle perdra ses droits sur le local sis 2 rue Boris Vian si le transfert n'est pas effectué au 15 juin 2024 et que le transfert est nécessaire pour assurer la pérennité de la société ;

- les moyens tirés du vice de procédure, à défaut de procédure contradictoire régulière préalablement au retrait, des erreurs de droit et manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 5125-3-1 et L. 5125-3-2 du code de la santé publique quant à la définition retenue du quartier et à la condition démographique sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, le directeur général de l'ARS de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la situation d'urgence n'est pas caractérisée ;

- aucun des moyens n'est fondé.

La société d'exercice libéral par actions simplifiée (SELAS) Grande pharmacie du port, représentée par Me Barande, a présenté des observations, enregistrées le 7 juin 2024, par lesquelles elle conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Pharmacie de l'ancre une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la requête enregistrée le 8 avril 2024 sous le n° 2400443 par laquelle la société Pharmacie de l'ancre demande l'annulation de l'arrêté susvisé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 à 14 heures 45 :

- le rapport de M. Sorin, juge des référés,

- les observations de Me Payen, substituant le cabinet Sapone-Blaesi, représentant la société Pharmacie de l'ancre, en présence de Mme C, gérante, qui persiste dans ses écritures et rappelle notamment que l'urgence est caractérisée compte tenu de la situation financière critique de la société, qui ne pourra être rétablie que par le transfert de l'officine, et à l'imminence de la date butoir à l'issue de laquelle l'accord sur le local vers lequel le transfert est projeté ne sera plus maintenu ;

- les observations de Mme D, représentant l'ARS de La Réunion, qui s'en remet à ses écritures et insiste sur le fait que la condition d'urgence ne lui parait toujours pas remplie dans cette seconde procédure ;

- les observations de Me Barande, représentant la société Grande pharmacie du Port, en présence de Mme B, gérante, qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la société Pharmacie de l'ancre demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le directeur général de l'ARS de La Réunion a prononcé le retrait de l'arrêté du 12 octobre 2023 lui délivrant une autorisation de transfert de l'officine de pharmacie actuellement implantée au 26 rue François de Mahy vers un local sis 2 rue Boris Vian, sur le territoire de la commune du Port.

Sur l'intervention de la société Grande pharmacie du Port :

2. La société Grande pharmacie du Port, dont l'officine se situe à 600 mètres et sur le même accès routier que l'implantation projetée par la société Pharmacie de l'ancre, dispose d'un intérêt suffisant pour intervenir en qualité d'observateur dans la présente instance, au sens de l'article R. 632-1 du code de justice administrative. En revanche, n'étant pas partie défenderesse, elle n'est pas recevable à présenter des conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Il résulte de l'instruction que, par les pièces produites et notamment son bilan comptable - qui établit certes une diminution du résultat d'exploitation de la société entre 2022 et 2023 mais qui se justifie par des décisions de gestion comptable notamment en termes de distribution de dividendes et de rémunération de l'exploitant, alors qu'au demeurant le chiffre d'affaire a augmenté - la société Pharmacie de l'ancre n'établit pas l'existence d'une situation de " péril imminent " alléguée pour justifier qu'il y aurait urgence à suspendre, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de l'arrêté de retrait attaqué. Au surplus, si elle fait valoir que, à la date du 15 juin 2024, elle perdra tout droit sur le local vers lequel elle projette de transférer son officine, la société Pharmacie de l'ancre n'établit pas ni même n'allègue avoir investi des fonds sur ledit local ni avoir donné congé du local dans lequel l'officine est actuellement implantée, de sorte qu'il n'existe aucun obstacle à la poursuite de son activité. Dans ces conditions, la société requérante ne justifie pas, en l'état de l'instruction, qu'il soit porté atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation financière et aux intérêts qu'elle entend défendre et, par suite, à sa pérennité, de sorte que la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, que la requête de la société Pharmacie de l'ancre doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société Pharmacie de l'ancre est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Grande pharmacie du Port au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie de l'ancre et au directeur général de l'Agence régionale de santé de La Réunion.

Copie en sera adressée, pour information, à la société d'exercice libéral par actions simplifiées à la Grande pharmacie du Port.

Fait à Saint-Denis, le 14 juin 2024.

Le président du tribunal,

T. SORIN

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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