jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400690 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, le conseil social et économique de l'association Croix Marine, représenté par Mme A, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 871 du 27 mai 2024 du préfet de La Réunion portant suspension de l'autorisation du service délégué à la protection des majeurs et du service délégué aux prestations familiales de l'association ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le conseil social et économique de l'association dispose de la qualité lui conférant intérêt pour agir ;
- la demande est recevable ;
- la condition d'urgence est satisfaite afin de garantir les emplois des 57 salariés de l'association ;
- le critère d'atteinte grave à une liberté fondamentale est rempli en ce qu'il stigmatise l'ensemble des salariés de l'association, en violation du principe d'égalité et de dignité, du principe de non-discrimination, du principe d'égalité devant la loi, du droit à l'innocence et du droit à la vie privée ainsi qu'au droit au travail ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse dans la forme et au fond, ainsi qu'il est exposé dans les requêtes en référé suspension et en annulation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Blin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code, " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale.
3. A l'appui de sa demande, le conseil social et économique de l'association Croix Marine soutient que l'exécution de l'arrêté litigieux menace à très court terme les emplois des 57 salariés de l'association, celle-ci se trouvant dans l'obligation de résilier leur contrat de travail suite au transfert des mesures vers d'autres associations, transferts qui doivent intervenir dès le début de la semaine, et qui présentent, de fait, un caractère irréversible. Toutefois, il ne justifie pas de la circonstance que l'arrêt de la prise en charge par l'association du service délégué à la protection des majeurs et du service délégué aux prestations familiales entrainera nécessairement la rupture du contrat de travail des 57 salariés de l'association, faute, notamment, de pouvoir être réaffecté à l'exercice d'autres missions de l'association ou que l'association soit en mesure d'assurer la charge financière qu'ils représentent. Par suite, il ne justifie pas d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.
4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions requises, qu'il y a lieu de rejeter la requête dans toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du conseil social et économique de l'association Croix Marine est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, en qualité de représentante du conseil social et économique de l'association Croix Marine.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de La Réunion.
Fait à Saint-Denis, le 6 juin 2024.
La juge des référés,
A. BLIN
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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