jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400732 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Weinling Gaze, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 avril 2024 par laquelle le préfet de La Réunion a refusé de délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que le juge se prononce sur sa requête au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, une somme de 2 000 euros à verser à Me Weinling Gaze en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et, à titre subsidiaire, une somme de 2 000 sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie au regard de sa situation personnelle et familiale dès lors qu'elle bénéficie d'une présomption d'urgence en raison du refus de renouvellement de son titre de séjour, qu'elle ne peut ni travailler ni suivre une formation ni percevoir des allocations familiales alors qu'elle élève seule ses deux enfants ;
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier de sa situation, du vice de procédure, des erreurs de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2400733 tendant à l'annulation de la décision du 11 avril 2024.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Aux termes de l'article L. 441-8 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. (). ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B A, ressortissante comorienne née le 21 avril 2000, a bénéficié de deux titres de séjour valables à Mayotte du 26 novembre 2020 au 25 novembre 2021, puis du 26 novembre 2021 au 25 novembre 2023. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-8 que les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte et qu'ainsi, si Mme A pouvait légalement entrer dans un autre département français, en l'espèce, à La Réunion, en présentant un pacte civil de solidarité conclu avec un ressortissant français, elle ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle aurait présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour mais doit être regardée comme ayant présenté une première demande de titre de séjour. Dès lors, il lui appartient de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. A cet égard, si Mme A a fait valoir la conclusion en 2018 d'un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, il résulte également de ses écritures qu'elle n'entretient plus de lien avec cette personne et que la communauté de vie est rompue. Mme A fait surtout valoir qu'elle élève à La Réunion ses deux enfants, l'aîné né en 2018 à Mayotte dont le père résiderait, selon ses déclarations, dans l'hexagone et le benjamin, né en 2022 à La Réunion, ressortissant français dont le père ne réside pas non plus à La Réunion mais à Mayotte et contribuerait depuis Mayotte aux besoins de son enfant. Dans ces conditions, alors que l'intéressée réside habituellement à La Réunion et qu'elle ne justifie pas de liens suffisamment intenses et stables sur cette île. Dans ces conditions, compte tenu des faibles attaches de Mme A à La Réunion, celle-ci ne saurait être regardée comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Il y a donc lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions en suspension présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ainsi que par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de La Réunion.
Fait à Saint-Denis, le 20 juin 2024.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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