vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400825 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. G C, représenté par Me Bélliard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 28 août 2023 par lequel le préfet de La Réunion lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de réexaminer sa situation dans un délai de 2 mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il peut être éloigné à tout moment vers les Comores sur le fondement de la mesure d'éloignement litigieuse ;
- la mesure d'éloignement prononcée à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis 2018, et à La Réunion depuis 2022, qu'il vit maritalement avec Mme F A B, compatriote titulaire d'un titre de séjour délivré par le préfet de Mayotte, qu'ils élèvent ensemble les 3 enfants nés de leur union en 2018, 2020 et 2024, ainsi que l'enfant français de Mme A B, né d'une précédente union, à l'entretien et l'éducation desquels ils contribuent ensemble, qu'il est titulaire d'un titre de séjour délivré par le préfet de La Réunion pour la période du 30 septembre 2022 au 29 septembre 2024, et qu'il exerce une activité professionnelle et maitrise la langue française ;
- pour les mêmes motifs, la même mesure méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête ;
Il fait valoir que :
- les conclusions de la requête tendant à la suspension des effets de la mesure d'éloignement litigieuse sont irrecevables, dés lors que le requérant n'a pas contesté sa légalité selon la procédure spécifique prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans le délai imparti ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, dés lors que le requérant a attendu 10 mois pour saisir le tribunal et qu'il ne l'aurait jamais fait sans son placement en centre de rétention, qui, par lui-même, n'est pas constitutif d'une situation d'urgence ;
- la mesure d'éloignement litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa vie commune avec la mère de ses enfants, Mme A B est récente, celle-ci n'étant arrivé à La Réunion que depuis peu, et le requérant étant marié à la Réunion avec Mme E, dont il a demandé à divorcer en mars 2023. En outre, il n'existe aucun obstacle à ce que le requérant, Mme A B et leurs enfants reconstituent leur cellule familiale aux Comores, dont ils tous de nationalité, et alors qu'il n'est pas établi que Mme A B dispose d'un droit au séjour en qualité de parent d'un enfant français, en l'absence de justification qu'il a gardé des attaches avec son père biologique ;
- les conclusions accessoires de la requête doivent être rejetées du seul fait du rejet des conclusions principales.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux Droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 28 juin 2024 à 11 heures, Mme D étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Belliard, avocat du requérant, le préfet de La Réunion n'étant ni présent, ni représenté ;
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté n° 2024/1054 du 25 juin 2024, le préfet de Mayotte a ordonné le placement en centre de rétention administrative de M. G C, ressortissant comorien né le 2 octobre 1989, au motif que celui-ci s'est maintenu sur le territoire français alors qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans, notifiée le 28 août 2023. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. C demande la suspension des effets de cette mesure d'éloignement dont il soutient n'avoir jamais eu notification et avoir découvert l'existence à l'occasion de la notification de l'arrêté précité du 25 juin 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. Au soutien de ses conclusions principales, le requérant soutient qu'il réside sur le territoire français depuis 2018, et à La Réunion depuis 2022, qu'il vit maritalement avec Mme F A B, compatriote titulaire d'un titre de séjour délivré par le préfet de Mayotte, qu'ils élèvent ensemble les 3 enfants nés de leur union en 2018, 2020 et 2024, ainsi que l'enfant français de Mme A B, né d'une précédente union, à l'entretien et l'éducation desquels ils contribuent ensemble, qu'il est titulaire d'un titre de séjour délivré par le préfet de La Réunion pour la période du 30 septembre 2022 au 29 septembre 2024, et qu'il exerce une activité professionnelle et maitrise la langue française.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que, à la supposée établie, la communauté de vie entre le requérant et Mme A B est particulièrement récente, celui-ci résidant à La Réunion depuis 2022 et celle-ci résidant à Mayotte jusqu'au début de l'année 2024 avec les deux premiers enfants nés de leur union. En outre, il résulte de l'instruction que, jusqu'en mars 2023, le requérant vivait avec Mme E, avec laquelle il était civilement marié, motif de la délivrance d'un titre de séjour par le préfet de La Réunion en septembre 2022, titre retiré par décision du 28 août 2023 après constat de la rupture de la vie commune. Au demeurant, en sa seule qualité de mère d'un enfant français, Mme A B ne justifie pas d'un droit au séjour à La Réunion, de telle sorte qu'il n'existe aucun obstacle à ce que le requérant reconstitue sa cellule familiale aux Comores, pays dont Mme A B et leur enfant ont la nationalité.
8. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse méconnait les stipulations précitées aux points 4 et 5 de la présente décision.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête présenté par M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au préfet de La Réunion.
Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 28 juin 2024.
Le juge des référés,
F. SAUVAGEOT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400825
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