lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2400993 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Gorce demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision dite " 48SI " du 15 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'en qualité d'enseignant itinérant à l'école primaire, il doit se transporter dans différentes écoles à l'est de La Réunion, alors que les transports en commun ne le lui permettent pas et, d'autre part, qu'il doit conduire son épouse, dont l'état de santé ne lui permet pas de se véhiculer, pour bénéficier de soins hospitaliers très réguliers.
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la lettre recommandée " 48SI " n'indique pas les voies et délais de recours ;
- il n'a pas été informé de l'existence d'un traitement automatisé de ses points et de leurs éventuels retraits ainsi que de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9 du code de la route.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 juillet 2024, sous le numéro 2400989 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Merlus, conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Par la décision contestée dite " 48SI " du 15 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé le permis de conduire de M. A au motif que son solde de points était nul. Pour justifier de l'urgence à suspendre cette décision, M. A, professeur des écoles de classe normale, soutient qu'en tant que titulaire sur zone de remplacement en zone brigade banalisée, il doit se déplacer dans différentes écoles de la zone est de La Réunion entre Sainte-Suzanne, La Plaine des Palmistes et Sainte-Rose. Toutefois, le requérant n'apporte au soutien de sa requête aucun élément précis et circonstancié justifiant que son activité professionnelle est totalement empêchée du fait qu'il ne peut pas conduire un véhicule et qu'il se trouve exposé à une situation de précarité financière qui pourrait en résulter, portant ainsi une atteinte grave et immédiate à ses intérêts personnels et professionnels. S'il allègue, par ailleurs, qu'il doit conduire son épouse, dont l'état de santé ne lui permet pas de se véhiculer, a des soins hospitaliers très réguliers, il ne justifie pas être le seul à pouvoir la véhiculer afin de se rendre à ses rendez-vous médicaux. Enfin, il ne démontre pas non plus que la décision porterait atteinte à l'intérêt général au regard de la pénurie croissante de professeurs au sein de l'éducation nationale. Dans ces conditions, M. A n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
4. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Saint-Denis le 29 juillet 2024.
Le juge des référés,
T. LE MERLUS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
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