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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2401127

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2401127

mardi 27 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2401127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de La Réunion a été saisi d'un recours en excès de pouvoir par Mme A, ressortissante congolaise, contre un arrêté du ministre de l'intérieur du 21 août 2024 lui refusant l'entrée en France au titre de l'asile et ordonnant son réacheminement. La requérante invoquait notamment un vice de procédure pour défaut de remise de la décision et de notification écrite de ses droits, ainsi qu'une erreur d'appréciation sur le fondement de sa demande d'asile. Le tribunal a examiné la légalité externe de l'arrêté au regard des articles L. 351-1, R. 351-1, L. 531-15 et L. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'analyse porte sur le respect des obligations d'information et de notification prévues par ces textes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, Mme A, retenue en zone d'attente à l'hôtel Select, représentée par Me Belliard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile et décidé son réacheminement vers tout pays où elle est légalement admissible.

Elle soutient que :

-la procédure est entachée d'un vice dès lors qu'aucune copie de la décision ne lui a été remise et que ses droits comme les voies et délais de recours ne lui ont pas été notifiés par écrit ;

- Son conseil n'a pas été avisé de sa convocation à l'entretien par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (l'OFPRA) ce qui l'a privée de l'exercice de son droit à la présence de son conseil lors de cet entretien ;

- le Ministre de l'Intérieur a commis une erreur d'appréciation en considérant que la demande de la requérante était dépourvue de toute crédibilité quant au risque de persécutions ou d'atteintes graves en cas de retour dans son pays.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas communiqué de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tomi, première conseillère, en application de l'article L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer sur les litiges visés à cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est déroulée le 27 août 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi ;

- les observations orales de Me Sunar substituant Me Belliard représentant Mme A, qui soulève un nouveau moyen d'illégalité tiré du vice de procédure résultant de l'absence de remise de la décision litigieuse à l'intéressée ;

-les réponses aux questions posées à Mme A, assistée de M. B, interprète en langue lingala, qui a prêté serment par écrit, conformément aux dispositions de l'article L776-23 du code de justice administrative ;

- le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'étant ni présent ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des débats.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise née le 10 avril 1977 demande l'annulation de l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé son entrée en France au titre de l'asile et décidé de son réacheminement vers tout autre pays légalement accessible.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe

3. En premier lieu aux termes de l'article de l'article L 351-1 du du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente selon les modalités prévues au titre IV à l'exception de l'article L. 341-1, le temps strictement nécessaire pour vérifier () 3o Ou, si sa demande n'est pas manifestement infondée ". Aux termes de l'article R. 351-1 du même code : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande () ". Il résulte de ces dispositions qui ont assuré la transposition de l'article 12 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, que l'étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile doit être informé du déroulement de la procédure dont il fait l'objet et des moyens dont il dispose pour satisfaire à son obligation de justifier du bien-fondé de sa demande. Ces dispositions impliquent notamment que l'étranger soit informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, de la possibilité de se faire assister d'un avocat ou d'un représentant d'une association

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile peut se présenter à l'entretien personnel accompagné soit d'un avocat, soit d'un représentant d'une association de défense des droits de l'homme, d'une association de défense des droits des étrangers ou des demandeurs d'asile, (). L'avocat ou le représentant de l'association ne peut intervenir que pour formuler des observations à l'issue de l'entretien ". Aux termes de l'article L531-16 du même code : " L'absence d'un avocat ou d'un représentant d'une association n'empêche pas l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de mener un entretien avec le demandeur ".

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L352-3 du CESEDA : " La décision de refus d'entrée mentionnée à l'article L. 352-1 est écrite et motivée. La notification de la décision de refus d'entrée mentionne le droit de l'étranger d'avertir ou de faire avertir la personne chez laquelle il a indiqué qu'il devait se rendre, son consulat ou le conseil de son choix. Elle mentionne également le droit de l'étranger d'introduire un recours en annulation sur le fondement de l'article L. 352-4 et précise les voies et délais de ce recours. Elle mentionne aussi le droit de l'étranger de refuser d'être rapatrié avant l'expiration du délai d'un jour franc. La décision et la notification des droits qui l'accompagne lui sont communiquées dans une langue qu'il comprend. " Aux termes de l'article R531-20 du même code : " La preuve de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut être apportée par tout moyen ".

6. Mme A soutient qu'elle n'a pas eu la possibilité de bénéficier de l'assistance de son conseil lors de l'entretien avec le représentant de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), faute pour ce dernier d'avoir été informé de la convocation à cet entretien. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'elle a été effectivement avisée de ses droits comme du déroulement de la procédure, d'une part au point de passage frontalier de l'aéroport Roland Garros, le 19 août 2024, d'autre part lors de son audition réalisée le 20 août 2024 en présence d'un interprète en langue lingala, par l'officier de police judiciaire qui l'a également tenue informée de la possibilité en cas de rejet de sa demande d'asile, d'exercer un recours devant le président du tribunal administratif comme en attestent les mentions du procès-verbal qu'elle a signé et les pièces qu'elle a elle-même produites.. De même, si elle soutient qu'elle n'aurait pas été mise en mesure d'exercer son droit au recours en l'absence de remise de la décision écrite attaquée qu'elle a également versée, il résulte de l'instruction que cette décision lui a été notifiée le 21 août 2024 à 18h45 par l'intermédiaire de l'interprète en lingala, comme en atteste l'apposition de sa signature sur la décision litigieuse et qu'elle a d'ailleurs effectivement formé un recours contre cette décision. Par suite, les moyens tirés de vices de procédure dont la procédure serait entachée doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile () ".

8. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de Mme A telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA et recueillies à l'audience qu'elle aurait fui la République Démocratique du Congo (RDC) après une agression perpétrée par des opposants à Mathias Dzon, ancien ministre, dont son mari, policier était chargé d'assurer la sécurité. Toutefois elle n'explique pas de quelle manière son mari, fonctionnaire d'Etat aurait été effectivement chargé d'une mission de protection d'un opposant politique, si ce n'est qu'il l'accomplissait à titre " d'extras ". Par ailleurs, elle n'est pas capable d'apporter d'éléments précis concernant les circonstances dans lesquelles son mari aurait fait la connaissance de cet homme politique mais se borne à déclarer qu'il l'aurait rencontré " par hasard à Brazaville en 1995 ". Elle n'apporte pas d'avantage d'explications cohérentes concernant les circonstances de l'agression dont elle fait état par " des hommes cagoulés ", qui aurait conduit à la destruction de la maison familiale pendant qu'elle était au marché, dont elle produit des photographies qu'elle indique lui avoir été envoyées ultérieurement par des tiers qui auraient rassemblé des objets, dont un pantalon et des chaussures d'uniforme, des munitions et une carte de police supposés avoir appartenu à son mari ainsi qu'un portrait la figurant pour les disposer sur les gravats d'un immeuble effondré. Enfin, elle n'apporte aucune précision concernant la situation de son mari et de ses enfants qu'elle dit avoir cherchés pendant trois mois sans cependant avoir fait appel aux services de police dont son mari était pourtant un sous-officier, ni sur les risques auxquels elle serait exposée personnellement si elle retournait en RDC. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de Mme A considérer que la demande de l'intéressée d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'elle serait réacheminée vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à Mme A l'entrée en France au titre de l'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 21 août 2024. Par voie de conséquence, la requête de l'intéressé doit être rejetée, en ses conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme A.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au ministre l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 27 août 2024.

La magistrate désignée,

N. TOMILe greffier,

D.CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière,

S. BALOUKJY

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