mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2401137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, Mme A C, agissant en sa qualité de représentante légale de sa fille mineure, B C, représentée par Me Vocat, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 24 juin 2024, par laquelle le recteur de l'académie de La Réunion l'a mise en demeure, dans un délai de quinze jours, d'inscrire sa fille, B C, dans un établissement d'enseignement public ou privé pour l'année scolaire 2024-2025 et de lui accorder le bénéfice de l'instruction en famille, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition de l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière immédiate la situation de sa fille, la contraignant à commencer sa scolarité dans un établissement d'enseignement avant de la poursuivre, de nouveau, en famille ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée de l'incompétence de son auteur, en l'absence d'une délégation de signature à l'effet de signer les décisions relatives à l'instruction en famille ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le vade-mecum sur l'instruction en famille de novembre 2020 n'a pas été respecté lors des deux contrôles réalisés le 28 février et 31 mai 2024 dans le cadre de l'article R. 131-14 du code de l'éducation ;
- la décision attaquée méconnaît l'article R.131-14 du code de l'éducation dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des méthodes pédagogiques mises en place et qu'il est fait mention de l'acquisition des acquis au regard du socle commun ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait, en méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le recteur de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, en l'absence de l'exercice d'un recours préalable administratif obligatoire contre la décision en litige ;
- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie et aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2401138 tendant à l'annulation de la décision du 24 juin 2024 du recteur de l'académie de La Réunion.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Khater, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 11 septembre 2024 à 9 heures, M.Idmont étant greffier d'audience au tribunal administratif de La Réunion.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Khater, juge des référés ;
- les observations de Mme D pour le recteur de l'académie de La Réunion.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'existence d'une urgence à statuer sur sa demande, Mme C soutient que la scolarisation en établissement nuirait aux intérêts de sa fille, qui, serait très perturbée par un retour en instruction en famille en cas d'annulation au fond de la décision contestée et que les écoles seraient " actuellement fermées ". Toutefois, faute de justifier d'une situation propre à B permettant de considérer qu'une scolarité en établissement serait de nature à nuire à la continuité de ses apprentissages et de manière générale à son intérêt supérieur, Mme C n'établit pas que l'exécution de la décision attaquée, qui n'a ni pour objet ni pour effet de priver l'enfant de la requérante de son droit à l'instruction, serait de nature à porter atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à la situation de B. Au surplus, les contrôles pédagogiques organisés par le rectorat, ont mis en évidence que l'instruction en famille de B ne lui a pas permis d'acquérir les connaissances et compétences attendues en fin de cycle 3. Par suite, la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête de Mme C, qui en tout état de cause n'a pas été précédée du recours administratif préalable obligatoire, ni d'examiner la condition tenant au doute sérieux, que sa requête ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Mme C n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, agissant en sa qualité de représentante légale de sa fille, B C, et au recteur de l'académie de La Réunion.
Fait à Saint-Denis, le 11 septembre 2024.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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