jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2401185 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 6 et 9 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 4 juillet 2023 en tant que le préfet de La Réunion lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est exposée à un éloignement imminent vers son pays d'origine et que son éloignement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de sa fille ;
- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet de La Réunion qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Merlus, conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les observations de Me Belliard, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et qui indique, en outre, qu'elle s'est soustraite à la mesure d'éloignement, ayant refusé d'embarquer dans un avion en direction de Dzaoudzi le 10 septembre 2024, et que l'enfant français avec lequel elle vit à La Réunion n'est pas son fils,
- le préfet de La Réunion n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 4 juillet 2023, le préfet de La Réunion a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B A, ressortissante comorienne née le 31 décembre 1986, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le 25 juin 2024, le préfet de La Réunion a assigné Mme A dans le département de la Réunion pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français émise à son encontre le 4 juillet 2023.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. D'autre part, il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-4, L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Ces procédures particulières sont exclusives de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions soit des articles L. 614-4 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit des articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code, soit successivement des deux, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A a fait l'objet d'un arrêté du 4 juillet 2023 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. La requérante n'allègue pas avoir contesté cette décision qui est devenue définitive à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de sa notification.
5. A l'appui de sa demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 juillet 2023, Mme A soutient qu'elle fait état de nouveaux éléments postérieurs à cette décision liés à l'état de santé de sa fille, née en 2018, laquelle souffre d'une maladie lourde et paralysante et nécessitant des soins actuels et continus depuis 2021 indisponibles dans son pays d'origine et que son éloignement aurait alors des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de son enfant. A cet égard, elle produit deux certificats médicaux d'un médecin généraliste en date des 21 novembre 2023 et 22 août 2024 indiquant que l'enfant nécessite une surveillance neurologique dans un centre spécialisé à l'île de La Réunion dont le défaut de prise en charge pourrait avoir des graves conséquences pour sa santé ainsi qu'un certificat médical d'un pédiatre comorien en date du 3 janvier 2024 attestant que les examens et soins dont a besoin l'enfant ne sont pas disponibles aux Comores. Toutefois, ces seuls éléments, s'ils sont postérieurs à la décision attaquée, ne sont pas suffisants pour contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 29 mars 2023 faisant apparaître que si l'état de santé de son enfant nécessité une prise en charge médicale et dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. En outre, si elle fait valoir qu'elle justifie d'une communauté de vie avec un enfant français né en 2013, scolarisé à La Réunion, dont elle contribuerait à l'entretien et à l'éducation, elle ne produit pas d'élément démontrant que des changements dans les circonstances de droit ou de fait seraient intervenus après l'expiration du délai pour contester la décision du 4 juillet 2023. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant, à la date de la présente décision, une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par la requérante tenant au droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant et justifiant qu'une mesure soit prise au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de Mme A doivent être rejetés ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Copie en sera adressée au préfet de la Réunion.
Fait à Saint-Denis le 12 septembre 2024.
Le juge des référés,
T. LE MERLUS
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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