mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2401186 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BELLIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, un mémoire complémentaire enregistré le 10 septembre 2024, et une pièce complémentaire enregistrée le 11 septembre 2024, M. D C, représenté par l'AARPI Belliard-Ratrimoarivony-Chhann, agissant par Me Béliard, demande :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision n° 2024/133 du 4 septembre 2024 par laquelle le préfet de La Réunion lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire national et lui a fait interdiction d'y retourner pendant une durée de deux années ;
3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 4 jours, et de réexaminer sa situation dans un délai de 2 mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, l'AARPI Belliard-Ratrimoarivony-Chhann, au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la mesure d'éloignement litigieuse méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du ceseda, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il a été pénalement condamné en 2022 et 2023 pour des infractions de nature différentes, qu'il réside sur le territoire français depuis 2004, date de son arrivée à Mayotte, qu'il est père de deux enfants français qui résident sur le même territoire, et l'un à La Réunion, qu'il est titulaire jusqu'au 16 août 2024 de récépissés de demande de titre l'autorisant à travailler et qu'il démontre une activité professionnelle stable et régulière depuis 2021 lui permettant de contribuer à l'éducation et l'entretien de son enfant français résidant à La Réunion, que la mère de cet enfant réside à La Réunion ,
- la même mesure méconnait les stipulations de l'article 3et1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'interdiction de retour litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie d'une présence sur le territoire français au moins depuis 2006, et à La Réunion depuis 2018, qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, son père étant décédé et sa fratrie résidant à La Réunion, qu'il est père de deux français résidants sur le territoire français.
Le 11 septembre 2024, le préfet de La Réunion a fait enregistrer des pièces complémentaires.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 11 septembre 2024 à 11h30 , M. B étant greffier d'audience ;
Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, et entendu les observations de Me Belliard, avocat du requérant, le préfet de La Réunion n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté n° 2024/133 du 4 septembre 2024, le préfet de La Réunion a fait obligation à M. D C, ressortissant malgache né le 9 juin 1989, de quitter sans délai le territoire français à destination de Madagascar. Le même arrêté assortit cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour d'une durée de deux années. Par un second arrêté n° 2024/1078 du même jour, notifié à l'intéressé le 7 septembre 2024 à 10h49, le préfet de La Réunion a prescrit le placement de M. C en centre de rétention. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande l'annulation de la mesure d'éloignement sans délai et de l'interdiction de retour prononcées à son encontre le 4 septembre 2024.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions litigieuses :
En ce qui concerne la mesure d'éloignement :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ".
7. Il résulte de ces stipulations et dispositions que le droit au séjour d'un étranger peut être dénié au seul motif que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.
8. Le préfet de Mayotte soutient sans être utilement contesté que, entré à La Réunion le 27 juin 2017 sous couvert d'un visa court séjour valable 15 jours, M. C s'est ensuite maintenu sur le territoire français en situation irrégulière, y compris après la notification le 12 avril 2018 d'une première obligation de quitter le territoire. Il est par ailleurs constant que, par jugement du tribunal correctionnel de Saint-Denis rendu le 25 août 2022, il a été condamné à 4 mois de prison avec sursis, pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite d'un véhicule sans permis, circulation d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance, que par un deuxième jugement du même tribunal correctionnel, rendu le 23 mars 2023, il a été condamné à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour violence sur concubin suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et que, par un troisième jugement correctionnel rendu le 13 novembre 2023, il a de nouveau été condamné à 4 mois d'emprisonnement pour récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance, condamnation qui a entrainé la révocation du sursis prononcée le 25 août 2022.
9. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de La Réunion a considéré que la présence sur le territoire français du requérant constitue une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la reconnaissance de son droit au séjour et justifiant son éloignement sans délai, en application des dispositions de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
11. En l'espèce, par les pièces qu'il produit, le requérant ne justifie pas de sa présence sur le territoire français avant 2014, et l'âge de 25 ans. En outre, par les pièces qu'il produit, le requérant ne justifie pas de la réalité de sa contribution à l'éducation et l'entretien d'aucune de ses filles françaises, A C, née le 3 février 2018 à La Réunion, et Sia C, née le 16 août 2020 à La Réunion. Enfin, ainsi qu'il a été précédemment exposé, il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécuté et sa présence représente une menace pour l'ordre public.
12. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour pour deux années prononcée à son encontre est entachée d'une erreur d'appréciation.
Sur les frais relatifs au litige :
13. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, la requête ayant été présentée par ministère d'avocat, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
14. En revanche, le requérant étant la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et ministre de l'intérieur.
Copie en sera, en outre, notifiée au préfet de La Réunion.
Fait à Saint-Denis, le 11 septembre 2024.
Le juge des référés,
F. SAUVAGEOT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026