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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2401214

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2401214

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2401214
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2024, la société " B Family ", représentée par Me Akhoun, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 1790/CAB/MR/2024 du 10 septembre 2024 par lequel le préfet de La Réunion a prononcé la fermeture de l'établissement recevant du public dénommé discothèque " Le Five " pour une durée de 15 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que, d'une part, la mesure de fermeture administrative litigieuse a été prononcée sans être précédée d'une procédure contradictoire, la privant de tout exercice des droits de la défense. D'autre part, cette fermeture emporte des conséquences économiques difficilement réparable dans la mesure où elle entraine une perte de chiffre d'affaires d'environ 95 000 euros alors que la société supporte des charges fixes mensuelles d'environ 122 000 euros et qu'elle se trouve déjà dans une situation financière particulièrement délicate qui a justifié l'ouverture d'une procédure de redressement ;

- l'arrêté litigieux a été notifié à tort à la société B Family, prise en la personne de son gérant, M. B, alors qu'il aurait dû être notifié à la société Le Duplex ;

- la décision attaquée porte une atteinte grave et manifestement illégale au principe des droits de la défense ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de commerce et de l'industrie et à la liberté de travail ;

- elle porte une atteinte grave et manifestement illégale au principe d'égalité devant la loi ;

- la mesure repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie ;

Par un mémoire en défense et un mémoire en production enregistrés le 17 septembre 2024, le préfet de La Réunion a conclu au rejet de la requête ;

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- la décision litigieuse ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par la requérante ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Sauvageot, Premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 17 septembre 2024 à 14 heures, M. A étant greffier d'audience ;

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- présenté son rapport,

- entendu les observations de Me Akhoun, avocat de la requérante, et de M. B, gérant de la société requérante,

- le préfet de La Réunion n'étant ni présent, ni représenté.

Le président a averti la requérante que l'instruction ne serait pas close à l'audience, dans l'attente de la production de documents par le préfet de La Réunion ;

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 1790/CAB/MR/2024 du 10 septembre 2024, le préfet de La Réunion a prononcé la fermeture administrative, pour une durée de quinze jours (heure à heure) de l'établissement " Le Five " situé 8, rue François de Mahy à Saint-Pierre (97410) à compter de sa notification, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15-2 du code de la santé publique. Par la présente requête, la société " B Family ", qui déclare exploiter cet établissement, demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre les effets de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. En premier lieu, par elles-mêmes, les conditions de notification de l'arrêté litigieux sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. En tout état de cause, la circonstance que l'arrêté litigieux n'aurait pas été régulièrement notifié n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Enfin, à l'audience, le conseil et le gérant de la requérante reconnaissent que M. B, auquel l'arrêté litigieux a été notifié le 11 septembre 2024, est le gérant de la société B Family, et que cette société exploite l'établissement " Le Five ". Dans ces conditions, la société requérante ne peut se prévaloir utilement de la circonstance que l'arrêté litigieux a été notifié à tort à la société B Family, prise en la personne de son gérant, M. B. Par ailleurs, en tout état de cause, la circonstance que l'arrêté litigieux n'identifie pas la personne morale qui exploite l'établissement est sans incidence sur sa légalité.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, suite à un courrier du 22 août 2024, notifié le 26 août suivant, le sous-préfet de Saint-Pierre a informé M. B de l'intention de l'Etat de prononcer une mesure de fermeture de l'établissement " Le Five ", en précisant les griefs qui fondaient cette intention. Il résulte également de l'instruction que, le 4 septembre 2024, M. B a été entendu par le sous-préfet de Saint-Pierre et a pu présenter ses observations. Par ailleurs, aucune disposition, non plus qu'aucun principe, n'impose au préfet de département de mettre en demeure l'exploitant d'un débit de boissons de se conformer à ses obligations avant de prononcer une fermeture temporaire de cet établissement. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire. En tout état de cause, à la supposer établie, une telle circonstance n'est pas de nature à caractériser que la décision litigieuse de fermeture porte, par elle-même, une atteinte grave et manifestement illégale aux droits de la défense et au principe du contradictoire.

5 En troisième lieu, le principe d'égalité n'est pas au nombre des libertés fondamentales visées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir utilement de la méconnaissance de ce principe au soutien de ses conclusions présentées sur le fondement de cet article. En tout état de cause, par ses seules allégations, et en l'absence de toute pièce probante, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle est l'objet d'un traitement défavorable par rapport à d'autres exploitants de débits de boissons dans la même situation que la sienne ;

6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites par le préfet de La Réunion dont le contenu n'est pas contesté par la requérante, que, dans la nuit du 14 au 15 août 2024, le gérant de l'établissement " Le Five " a organisé une soirée évènementielle à laquelle environ 2 000 personnes ont participé, dépassant la jauge autorisée de l'établissement, fixée à 755 personnes par la réglementation applicable aux établissements recevant du public de sa catégorie, dans un souci de sécurité incendie. Il résulte également des mêmes pièces que, lors de la même nuit, la police nationale a constaté la présence, sur la voie publique, à proximité immédiate de l'établissement, d'une clientèle de l'établissement, nombreuse et particulièrement alcoolisée, à l'origine de nuisances sonores, de troubles de la circulation, et même de bagarres. Il résulte encore des mêmes pièces que, dans la nuit du 17 au 18 août, à proximité immédiate de l'établissement " Le Five ", la police nationale a constaté, d'une part, la présence d'un mineur particulièrement alcoolisé qui a déclaré avoir consommé plusieurs verres de whisky au sein de cet établissement, et d'autre part, des bagarres entre des clients de l'établissement venus poursuivre dans la rue l'altercation commencée dans ce dernier. Enfin, il résulte de l'instruction que l'établissement " Le Five " a déjà fait l'objet d'une précédente fermeture administrative de 15 jours par arrêté du préfet de La Réunion du 8 juin 2023 pour des faits de trouble à l'ordre public, et qu'il a reçu un avertissement le 1er août 2024 également pour des faits de trouble à l'ordre public qui se sont produits le 28 avril et le 5 mai mettant en avant une consommation excessive d'alcool au sein de l'établissement. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant une nouvelle fermeture de 15 jours, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de commerce et de l'industrie et à la liberté de travail.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à la suspension des effets de la mesure de fermeture litigieuse sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence.

8. L'Etat n'étant pas dans la présente instance la partie perdante, les conclusions présentées par la société B Family au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société B Family est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société B Family et au préfet de La Réunion.

Copie en sera adressée au Ministre de L'Intérieur et des Outre-mer.

Fait à Saint-Denis, le 20 septembre 2024.

La juge des référés,

F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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