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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2401265

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2401265

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2401265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 septembre et 9 octobre 2024, M. A C B, représenté par Me Wandrey, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est entré de manière régulière à La Réunion en 2022 et qu'il y vit avec sa femme et ses enfants de nationalité française ; sa demande de titre est pendante depuis deux ans, ce qui le place dans une situation précaire et porte atteinte à son droit de mener une vie familiale normale ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée s'agissant de son défaut de motivation, d'erreur de droit et de fait, d'absence d'examen sérieux de sa situation, d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de la Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que sa demande de titre de séjour est toujours en cours d'examen.

Vu :

- la requête enregistrée le 26 septembre 2024, sous le numéro n° 2401261, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 10 octobre à 9 heures 30, en présence de Mme Le Cardiet-Baloukjy, greffière d'audience :

- le rapport de M. Sorin, juge des référés,

- les observations de Me Wandrey, représentant M. C B qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens. Il entend souligner la complétude de son dossier de demande de titre de séjour depuis plus de deux ans, le fait que sa cellule familiale est constituée à La Réunion et la situation de précarité dans laquelle il se trouve placé. Il ajoute que la vérification du casier judiciaire, qui n'est qu'une faculté pour le préfet, constitue une manœuvre dilatoire ; en tout état de cause, il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant comorien né le 23 avril 1994, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. C B vit depuis plus de cinq ans en concubinage avec une ressortissante français avec laquelle il est pacsé depuis le 18 mai 2022 et a eu deux enfants, âgés de cinq ans et demi et trois ans et demi, de nationalité française. L'ensemble de la famille est entré régulièrement à La Réunion, en provenance de Mayotte, le 12 juin 2022. M. C B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son arrivée sur le territoire réunionnais. Ainsi, alors qu'il est le père de deux enfants français pour lesquels il participe à l'entretien et à l'éducation depuis leur naissance et qu'il vit avec ses enfants et sa conjointe française, la décision contestée place M. C B dans une situation de précarité importante, l'empêchant notamment de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Dans ces conditions, l'exécution de la mesure contestée, en le maintenant dans une situation précaire et irrégulière, doit être regardée comme ayant des conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle et familiale, de sorte que la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité des mesures contestées :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. En l'espèce, et ainsi qu'il a été dit au point 4, M. C B réside à La Réunion depuis plus de deux ans ; il vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il a signé un contrat de PACS en mai 2022 et a eu avec elle deux enfants, de nationalité française, en 2019 et 2021. Sa demande de titre de séjour est pendante depuis plus de deux ans sans que l'administration n'apporte d'explications convaincantes sur la durée anormalement longue d'examen de cette demande. Compte tenu des liens personnels et familiaux du requérant en France, la légalité de la décision implicite en litige doit être regardée comme entachée d'un doute sérieux au sens et pour l'application des stipulations citées au point précédent.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'exécution de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a implicitement refusé de délivrer à M. C B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " doit être suspendue. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire et les frais exposés et non compris dans les dépens :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. D'une part, compte tenu de l'urgence qu'il y a statuer sur la demande de M. C B, il convient de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de M. C B d'une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1911.

ORDONNE :

Article 1er : M. C B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de La Réunion a implicitement rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. C B, est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C B dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser au conseil de M. C B, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au préfet de La Réunion.

Fait à Saint-Denis, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. SORIN

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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